Cette dualité organique / méthodique

Photo ©Jeremy Bishop

Quand on cumule une hypersensorialité, un TDAH et en parallèle un haut potentiel ou un TSA (voire les deux), on a régulièrement l’impression de vivre une bataille intérieure entre deux forces opposées

J’ai nommé ces forces « organique » et « méthodique ».
Elles relèvent en réalité d’un combo neuroatypique. Elles parlent de notre rapport au temps, à l’efficience (HP) ou à la spontanéité (TDAH), aux émotions, au corps, à la maîtrise (HP) ou au lâcher-prise (TDAH, hypersensibilité), au foisonnement d’idées et à sa capacité (ou difficulté) à les organiser, à l’intuition ou au mental pour prendre ses décisions….

Pour illustrer ce propos, voici quelques exemples : 

  • D’un côté, le TDA peut nous pousser à procrastiner, à attendre la dernière minute pour se mettre à réviser pour un partiel important ou préparer une présentation pour le travail… tandis que le haut potentiel nous voit faire (distanciation) et nous conduit souvent à culpabiliser, en lien généralement avec des constructions de l’enfance, sans pour autant générer une mise en action. 
  • Quant au volet hyperactif, il se réjouit d’une nouvelle aventure, d’autant plus si elle est spontanée (une soirée inattendue, un nouveau travail, un changement de vie…) mais dans le même temps, tous ces changements induisent une perte de contrôle qui épuise, surtout quand on est autiste. 
  • Dans la même veine, on peut alterner entre envie de rencontrer de nouvelles personnes, de sortir dans de nouveaux lieux et besoin de se ressourcer chez soi, parfois plusieurs jours d’affilé. Ces changements peuvent susciter des réactions variées dans son entourage, notamment quand on ne sait pas à quoi ils sont dûs.
  • Il nous arrive régulièrement d’être maladroit.e, de faire tomber des choses (TDAH ou HP avec le cerveau qui va plus vite que le corps) et pourtant d’être capable d’une grande minutie quand on est concentré.e sur une activité qui procure du plaisir et/ou représente un défi.
  • On peut aussi avoir de grandes difficultés de coordination mais avoir compris comment les contourner, en décomposant tous les gestes mentalement (haut potentiel) avant de les réintégrer un à un corporellement. 
  • On peut facilement perdre des affaires (TDAH) mais avoir progressivement instauré (inconsciemment) des routines pour éviter de le faire (HP et/ou TSA). Du coup, quand on ne retrouve pas quelque chose, le niveau de frustration, de colère, de panique… peut être très élevé.
  • Le rapport au temps est particulier : on peut avoir naturellement tendance à être en retard en permanence mais avoir mis en place des stratégies en contrepartie pour se forcer malgré tout à être ponctuel.le, quitte à être très en avance (TSA). 
  • On peut aussi se lancer dans une activité, sur un sujet qui nous passionne et oublier l’heure, de manger, d’aller aux toilettes… puis tout d’un coup être rattrapé.e par ces urgences. 
  • On peut avoir un très bon niveau de concentration, avec la sensation d’avoir de multiples tiroirs différents ouverts, permettant de faire des passerelles entre des thèmes éloignés mais perdre définitivement le fil si on a été interrompu.e
  • Dans le même esprit, rédiger un courrier, une dissertation, un support de travail peut demander beaucoup de temps (voire inciter à procrastiner) car on a tellement d’idées en tête pour aborder le sujet qu’on ne sait pas par quel bout commencer, comment les mettre en forme dans le bon ordre.
    Mais, éventuellement en s’aidant d’une mindmap, on arrive plus facilement à traiter le thème dans son ensemble, avec un bon niveau de structuration, de recul et d’analyse finalement (T/HP). L’expérience demande néanmoins une sacrée énergie. 
  • On a parfois pris l’habitude de se lancer dans un projet à condition d’être sûr.e d’avoir le temps de le finir (HP). Sinon, on sait qu’on ne s’y remettra pas (TDAH).
    On peut gérer son rapport à l’exigence plus ou moins facilement, selon les profils, ce qui a une incidence sur la capacité à se lancer ou non dans le projet et à le finir ou pas.
  • On peut d’ailleurs avoir deux niveaux d’intérêt pour ces loisirs ou passions : un intérêt momentané, pendant lequel on va lire, explorer, se renseigner… jusqu’à avoir l’impression d’en avoir fait le tour, d’en avoir extrait la substantifique moelle (TDAH + HP). On a alors envie de passer à un autre sujet, appelé.e par la diversité du monde et de ses trésors. 
  • Mais on peut aussi avoir quelques thèmes de prédilection qui nous accompagnent au fil des années. Cela peut être la lecture, le cinéma, les relations humaines, les neuroatypies… qu’on approfondit encore et encore, en plusieurs dimensions (TSA). Et s’adonner à ce loisir a la particularité de nous apaiser.
  • D’une manière générale, certains profils peuvent être très organisés, méthodiques, dans leur vie quotidienne (HP et/ou TSA) et lâcher complètement prise pendant leurs vacances (TDAH), se laissant aller au gré des opportunités, ce qui peut (les) surprendre leur entourage. 
  • Les profils atypiques sont également empathiques. Mais ils peuvent le manifester différemment, étant à fleur de peau et entrant en connexion émotionnelle avec leurs interlocuteurs (hypersensibilité, TDAH) ou davantage dans la retenue et en connexion cognitive (HP, TSA).
    En fonction du degré de confiance dans la relation ou de son état du moment, les multineuroatypiques peuvent être plutôt l’un ou l’autre. 
  • Au niveau corporel (et émotionnel), on peut être très connecté cœur-corps-mental et privilégié son intuition pour mieux cerner autrui (hypersensibilité, TDAH). Mais on peut aussi être plus dans la maîtrise corporelle, voire un peu dissocié.e, et favoriser le mental pour prendre des décisions (HP).
  • On peut même avoir pris l’habitude de tirer des leçons de chaque expérience relationnelle pour en faire des scripts comportementaux (TSA).
  • Selon notre niveau de fatigue et de bien-être du moment, on peut avoir tendance à mobiliser l’une ou l’autre de ces stratégies.
  • On peut même ressentir une première intuition, mais décider d’aller outre, conseillé.e par son mental qui engage à ne pas juger, puis finalement s’en vouloir après coup de ne pas avoir écouté son intuition. 
  • Enfin, dans les conflits, selon sa dominante organique ou plus méthodique, on peut avoir besoin de crever l’abcès tout de suite ou de temps pour laisser ses pics émotionnels s’apaiser avant de parler. 

Tous ces éléments et bien d’autres encore donnent la sensation régulière d’une dualité intérieure. Elle participe à ne pas savoir qui on est vraiment, voire inquiète !
Mieux cerner comment son tempérament, son rapport au corps et ses différentes neuroatypies jouent cette partition offrent de grandes sources d’apaisement. C’est précisément l’enjeu de mes séances d’accompagnement en pair-aidance.
En se comprenant mieux, on entre plus facilement en interaction avec autrui, tout en restant authentique et sans porter une charge mentale intense pendant des jours ensuite. De jolis bénéfices en somme.