Lorsqu’on grandit en se sentant en décalage avec le reste de la société, avec une forte sensibilité, une grande capacité d’observation, un détecteur d’incohérences en action partout et tout le temps et/ou un niveau élevé d’exigence personnelle, d’intégrité et de justice… A moins d’avoir un bon ancrage familial, amical et/ou professionnel… on peut parfois se sentir « bizarre », « trop en tout », « inadapté.e »… largement aidé.e en ce sens par la société.
On ne sait pas toujours à quoi attribuer ce fonctionnement, qu’on explique le plus souvent par son histoire d’enfance. Il en découle dans tous les cas un sentiment de solitude spécifique.
Un jour, un livre, une émission de radio, un documentaire, une conversation, un.e médecin, un thérapeute ou une rupture de vie nous conduit à nous interroger: « est-il possible que je sois hypersensible? HP ? TSA ? TDA-H ?
On recherche alors les signes et autres caractéristiques qui pourraient aider à mieux se comprendre. En la matière, si l’hypersensibilité semble plus facile à accueillir, il n’en va pas de même pour les autres particularités : une petite voix murmure à certains tempéraments : « Pour qui tu te prends ? Toi, intelligent.e… ça va les chevilles ? » sur l’aspect haut potentiel. Quant aux profils autistiques, ce thème étant rattaché à la sphère du handicap mental, elle peut davantage inquiéter, du moins tant que ses contours ne sont pas appréhendés. Il en va de même pour le TDA-H, même si cette neuropaticularité semble plus « tendance » ces dernieres années.
En réalité, les définitions réelles et la perception inconsciente que l’on a de ces différentes singularités sont en question à ce moment-là. Je vous propose un petit tour descriptif rapide pour mieux savoir de quoi on parle.
- L’hypersensibilité concerne 15 à 20% de la population. Elle se traduit par un niveau de captation des informations extérieures (tant sensorielles qu’émotionnelles) plus élevé que la moyenne. Les personnes concernées ont une hyperesthésie (exacerbation d’un ou plusieurs des 5 sens), bien souvent une grande créativité, ainsi qu’une hyperempathie qui leur donne l’impression d’être une éponge émotionnelle . Elaine N. Aron décrit largement l’hypersensibilité, avec ses forces et ses faiblesses.
La distinction entre l’hypersensibilité et le haut potentiel n’est pas simple tant l’interdépendance entre la neurologie, le tempérament et le vécu entrent en ligne de compte. Certains profils haut potentiels, notamment quand ils présentent en parallèle un TDA-H et une forte humilité en lien avec leur histoire, se reconnaissent plus facilement comme hypersensibles. A force de recherches approfondies sur cette question, il me semble que la différence se joue au niveau du traitement émotionnel des informations. En effet, chez les hypersensibles, les émotions sont vécues intensément pour ce qu’elles sont, à l’instant « t ». Ces profils ne savent pas vraiment comment formaliser leurs étapes de réflexion cognitive. Ils ressentent les choses et ont ces intuitions très fortes, d’autant plus quand ils sont bien connectés coeur-corps-mental.
Chez les HP, l’émotion vécue dans un contexte donné est rapidement prise en charge par le mental. Ce dernier l’intègre dans sa banque de données internes, tant au niveau des émotions similaires déjà vécues que des éléments à sa disposition concernant l’interlocuteur.rice en face ou des relations similaires. Le tout prend le relais de l’émotion initiale pour muter vers une émotion plus complexe, en lien avec l’ensemble de ces informations intimes. Cette faculté particulière est ce qui permet la grande qualité d’analyse des HP. Mais en contrepartie, elle peut rendre plus difficile l’ancrage dans l’instant t, pour ce qui est vécu réellement, à ce moment là. - Le haut potentiel est une particularité neuro-cognitive qui touche 2,5 à 9% de la population selon les études et les modes de calcul des pays qui s’intéressent au sujet (et les écoles de pensée associées). Elle inclut au minimum l’hyperesthésie visuelle, associée à un fonctionnement cérébral particulier. le sujet peut être sensible sans être forcément hyperémotif, cela dépend de son tempérament et de son vécu. La pensée est ultrarapide, avec un ressenti à dominante séquentielle ou plus arborescente, offrant de fortes capacités d’analyse (qui ne se détectent pas forcément à l’école). Elle est encore trop souvent confondue avec le génie, à l’image d’Einstein, dans l’imaginaire collectif. Ces profils ont un détecteur d’incohérences particulièrement affûté et un questionnement existentiel prégnant dès l’enfance.
Fabrice Micheau, Carlos Tinoco, Arielle Adda, Hélène Vecchiali ou encore Cécile Bost sont pour moi de grandes références sur la douance en France. Quant à Fanny Marais et Chloé Romengas, elles décryptent particulièrement bien les nuances du haut potentiel dans leurs livres. De mon côté, en approfondissant très largement ce thème et en le croisant avec des données anthropologiques, sociologiques et de stress post-traumatique complexe par ailleurs, j’ai identifié plusieurs formes d’expression de la douance au quotidien, avec ses forces et ses faiblesses. - Le TSA (troubles du spectre autistique) a une prévalence moins stable (environ 1% de la population). Sur ce site, j’aborderai essentiellement l’autisme sans déficience intellectuelle (anciennement nommé syndrome d’Asperger), et plus particulièrement avec un QI élevé.
Le sujet présente une hyperesthésie exacerbée de plusieurs sens (et parfois en parallèle une hypoesthésie), ce qui lui demande beaucoup d’énergie et des moments de repli dans sa bulle pour se régénérer.
Contrairement à ce qu’on imagine, ce profil est sensible, voire très empathique. Mais quand il vit un débordement émotionnel, il « bug », se fige, ce qui le prive de la spontanéité ou des comportements socialement attendus. De son côté, il ne comprend pas implicitement les codes sociaux.
Au niveau cérébral, d’autant plus quand le QI est élevé, l’autiste a de grandes facultés d’analyse, en mode séquentiel, et de classement des informations. Les femmes avec TSA passent plus facilement inaperçues que les hommes (stratégies de masking).
Tony Atwood, Rudy Simone et Julie Dachez proposent de très beaux ouvrages en la matière.
Aujourd’hui la terminologie Asperger n’est plus utilisée (voire décriée). Elle a été englobée dans le DSM-V dans les TSA. Mais comme on retrouve plus de livres et d’interventions sur ce profil particulier, bien différent de celui d’un autiste avec déficience mentale ou d’un autiste de haut niveau, je la mentionne parfois pour les têtes chercheuses ;).
Certaines personnes cumulent autisme et haut potentiel. Elles présentent alors de grandes capacités adaptatives en mode camouflage, les deux neuroatypies se compensant. Elles sont d’autant plus difficiles à identifier.
D’après mes longues recherches, la différence principale entre le haut potentiel et l’autisme concerne la capacité à anticiper les conséquences de ses dires et gestes au moment-même de l’interaction. Les haut potentiels savent le faire et s’ajuster en conséquence, là où des autistes (y compris présentant en parallèle un haut potentiel) auront beaucoup plus de difficultés à anticiper et réagir sur le coup. Cela ne les empêche de comprendre ensuite ce qui s’est joué mais c’est d’autant plus frustrant. - Quant au TDA-H (trouble de l’attention, avec ou sans hyperactivité), il s’exprime de bien des manières, plus particulièrement si on compose ou non avec un haut potentiel en parallèle qui aide à compenser. Dans tous les cas, on retrouve ces pics émotionnels difficiles à réguler ; une certaine audace et capacité à se lancer dans un projet (pris parfois pour de l’impulsivité alors que l’approche est plus complexe que ça) ; cette tendance à procrastiner, notamment quand le projet est anxiogène et a contrario une capacité de concentration hors norme quand le thème passionne ; des difficultés pour organiser sa pensée, qui est très créative et part dans plein de directions à la fois ; une certaine maladresse motrice et pourtant une grande précision quand l’activité plaît…
Le TDA-H est largement évoqué ces dernières années.
Au niveau anthropologique et sociologique, cette « étiquette » peut interpeler. Au fond, ne vient-elle pas simplement parler d’un ennui profond et d’une connexion plus sincère à son corps ?… Qui rendent incompréhensibles pour le sujet concerné l’injonction sociale de rester immobile des heures sur une chaise, de manger / dormir à des horaires convenus et d’étudier un thème qui ne fait pas sens.
Les profils cumulant haut potentiel et TDA-H présentent souvent, soit une hyperactivité démultipliée (avec des risques de burn-out), soit une tendance à la rêverie et de grandes difficultés d’organisation qui les interpellent d’autant plus qu’ils sont doués de bonnes capacités de réflexion et de concentration quand le sujet les passionne. Tant que le TDA n’est pas identifié, cela peut avoir de grandes répercussions sur leur estime et confiance en eux.
Il n’est pas toujours facile de distinguer ce qui relève de l’hypersensibilité, du haut potentiel (voire du très haut potentiel), de l’autisme ou du TDA-H. En effet, ces profils atypiques ne s’expriment pas de la même manière, selon le tempérament, la physiologie, le genre, l’enfance, le contexte socio-économique et culturel ainsi qu’un éventuel vécu psychotraumatique (dont les séquelles rappellent par endroit des traits autistiques d’ailleurs).
Quand les neuroatypies se cumulent, c’est encore plus compliqué d’autant plus que ce cumul est exponentiel. En d’autres termes, plus on a de neuroatypies, plus on a de chance d’en avoir d’autres, dont des DYS (souvent compensées, notamment quand le haut potentiel est présent). Sur l’ensemble de ces sujets, la recherche doit encore avancer.
Depuis 6 ans, toutes mes investigations ont pour objectif de mieux cerner ces particularités, leurs points de convergence et leurs modes d’expression afin de favoriser les détections.
Mes accompagnements vont dans ce sens. Si vous vous reconnaissez dans ces lignes et souhaitez en savoir plus, vous pouvez me contacter via LinkedIn.