Bilans pour profils atypiques, hypersensibles, hypersensoriels, haut potentiel, avec TDA-H, TSA, DYS

Parentalité (de) neuroatypiques

Lorsqu’une personne atypique découvre son haut potentiel, son TDA-H ou son TSA, elle réalise rapidement que des ascendants, descendants ou autres membres de la fratrie sont également concernés (ce qui est normal, les neuroatypies étant d’origine génétique). C’est la raison pour laquelle les détections tardives d’adultes se font bien souvent par l’intermédiaire des enfants.

Cependant, toutes les configurations restent possibles : toute la famille pouvant être atypique ou seulement une personne (saut générationnel). Dans tous les cas, pour les parents comme pour les enfants, le quotidien est intense, tant au niveau émotionnel, que corporel et mental.

___

LA MATERNITÉ ATYPIQUE

Pendant la grossesse déjà, une femme atypique, plus particulièrement hypersensorielle, peut ressentir tous ses changements internes (les fibres de sa peau qui s’étirent, l’accélération de son flux cardiaque…). Ces constats associés à un traitement mental accru peuvent générer de l’anxiété tandis qu’en parallèle elle prend la mesure de ses responsabilités à venir (largement aidée en ce sens par les injonctions sociétales sur ce qui doit être fait ou non pour le bien du foetus).  

Puis à la naissance, le temps revêt une nouvelle dimension, rythmé par les besoins du bébé plutôt que par l’horloge du monde moderne. Pour les mamans les plus hyperactives ou autistes, ce changement (de liberté ou temps personnel) n’est pas toujours facile à négocier même si elles le font par amour pour leur progéniture.
Selon leur histoire de vie, voire quelques traits autistiques bien planqués, les néo-mères peuvent également s’interroger sur la réalité du fameux instinct maternel : que signifient réellement les pleurs de mon tout petit ? Est-ce la faim, la fatigue, la couche, l’ennui ? Comment font les autres pour savoir ? Elles finissent par trouver des stratégies personnelles pour mieux cerner ce bébé (qui a eu la drôle d’idée de venir au monde sans son mode d’emploi ;).
Et les plus hypersensorielles peuvent compter sur leurs sens accrus pour entendre leur bébé pleurer (même à 3 pièces de là), entendre/sentir des ballonnements dans leur ventre… ce qui les aide à en prendre soin.

___

ENFANTS NEUROATYPIQUES

  • Tout petit déjà, ces bébés scrutent le monde intensément. On a parfois l’impression qu’ils ont une âme de sage dans un corps de bébé.
  • Les tempéraments les plus enhardis présentent cette précocité motrice et verbale qui sont signes de haut potentiel.
    Ils savent aussi rapidement se repérer, montrant du doigt le chemin depuis leur poussette.
  • Avec des sens très aiguisés, ils peuvent sursauter pour le moindre petit bruit ; être mal à l’aise dans la foule ou les réunions de famille ; ne pas particulièrement apprécier la bise et les câlins ; avoir du mal avec la diversification alimentaire (notamment avec certaines odeurs et textures particulières) ; ne pas aimer un changement de crème ou de savon (odeur) ; ne pas supporter d’être trop « engoncés » dans des vêtements ou à l’inverse vouloir toujours mettre des sweets ou tee-shirts à capuche en cas de pluie…
    Cette particularité s’accompagne souvent de tendances hypocondriaques, qui attendent d’être rassurées (concrètement).
  • Curieux de tout, ils posent mille et une questions sur le pourquoi des choses et du monde, parfois très jeunes. Ils ont une grande soif d’apprentissages, que ce soit via la lecture, les documentaires ou les audio.
  • Les enfants avec TDA sont souvent dans la lune : ils égarent leurs affaires, oublient leurs devoirs, à moins d’une relève HP ou d’une certaine hyperactivité qui compensent. Dans tous les cas, ils sont souvent maladroits, faisant tomber couverts, verres et autres objets régulièrement. Pour autant, ils peuvent se montrer très appliqués quand ils créent, bricolent ou se lancent dans une activité qu’ils aiment beaucoup.
    En grandissant, ils ont du mal avec l’autorité « indue » (TDA-H). Ils envisagent les autres humains, indépendamment de leur statut, de leur âge… Ils ne respectent donc pas spontanément la hiérarchie, ce qui peut poser de nombreux couacs à l’école.
  • Dotés d’un grand détecteur d’incohérences (HP), ils soulignent les moindres failles, non pas pour blesser (du moins enfant, à l’adolescence c’est une autre histoire 😉 mais parce qu’ils ne sont pas sûrs de ce qu’ils viennent de remarquer.
  • Ils ont aussi un joli sens de l’humour, faisant parfois des jeux/contractions de mots très drôles.
  • Emphatiques, ils peuvent avoir tendance à être amis avec les plus démunis, voire justiciers dans l’âme.
    A moins qu’ils présentent des traits autistiques qui rendent leurs interactions compliquées. Cela ne veut pas dire qu’ils ne se font pas d’amis mais la démarche leur demande d’immenses stratégies d’adaptation tandis qu’ils sont souvent plus « tolérés » que vraiment appréciés pour qui ils sont vraiment, ce qu’ils ressentent.
  • L’endormissement et le sommeil sont souvent compliqués.

Les familles atypiques sont à l’image de leurs membres : sensibles, empathiques, intenses, exigeants, curieux de tout, intelligents. Autant dire que pour les parents, la charge émotionnelle et mentale est particulière. Elle peut mener d’autant plus facilement au burn-out parental. Mais ce genre de parentalité s’accompagne en parallèle de nombreux moments très drôles, intenses et complices qui rendent la vie savoureuse.

___

TÉMOIGNAGE

Dans le domaine de la parentalité, les exemples sont souvent plus parlants. Je vous propose notre témoignage familial, qui d’après les retours qui me sont faits, ressemblent à celui de beaucoup d’autres familles multi-neuroatypiques.

Nos neuroparticularités colorent naturellement notre quotidien de comportements qui sont étonnants pour la majorité des gens. Ces derniers suscitent de l’incompréhension, des jugements, parfois du rejet. Cette solitude n’est pas facile à vivre ! 
Heureusement, dans une même famille, notamment quand tout le monde est concerné, ces «bizarreries » sont aussi sources de complicité et de bien d’autres bénéfices. 
C’est du moins le cas chez nous. Tous concernés à la fois par l’hypersensorialité, l’hypersensibilité, le haut potentiel, le TDA-H, des traits autistiques, voire des DYS bien compensés, nous avons des personnalités bien singulières mais nous nous retrouvons sur certains fonctionnements atypiques. 

Cinéphiles, 

Nous adorons regarder des films ou séries ensemble – en VO sinon rien ! – ce qui pose parfois problème à d’autres invités. 
Pendant la séance, nous commentons le jeu des acteurs, les choix des réalisateurs, nous menons des recherches sur leur filmographie respective en parallèle, pour les regarder ensuite. Du coup, il nous arrive de revenir en arrière quand nous avons manqué une scène importante. 
On peut parfois décider de changer de film au bout de quelques minutes, si l’ambiance est trop lourde pour l’état émotionnel de l’un.e d’entre nous ou si la voix d’un.e comédien.ne ne passe pas (indépendamment des critiques et évaluations du dit-film). Cela peut sembler trivial pour d’autres mais nous comprenons instinctivement que ce n’est pas le cas pour nous et avons à cœur que tout le monde passe un bon moment. 
Nous faisons également des remarques sur un cadrage original ou une erreur scénaristique. Nous devinons aussi la fin en quelques minutes et faisons des paris ou expliquons pourquoi nous sommes arrivés à telle conclusion. C’est amusant de constater que nos processus, instinctifs ou plus cognitifs, divergent.
De ce fait, nous attachons une attention particulière à la fin, voire la chute, quitte à proposer une alternative si nous avons été déçus. Naturellement, nous nous partageons les bons plans de ceux qui réussissent à nous surprendre. 
Les jours qui suivent, nous échangeons sur les impressions ou les réflexions philosophiques que ces visionnages ont suscitées. Plus c’est le cas, plus le film ou la série remonte en haut de la liste de nos préférences… Bref, on se régale !
Néanmoins, ce genre de séance cinématographique peut être très coûteuse pour d’autres personnes qui se joindraient à nous : trop de bavardages, l’impossibilité de se plonger dans l’ambiance du film… ce que nous comprenons parfaitement. Nous nous adaptons alors. Mais, en vrai, c’est comme ça qu’on en profite le mieux, du moins tous les 4. 

___

Cat-lovers,

Nous avons également un rapport particulier avec nos chats qui occupent une place bien à part dans notre foyer. Nous adorons leurs câlins et leurs ronronnements nous apaisent immédiatement. Mais, nous aimons aussi observer leurs comportements et nous documenter en la matière. Nous apprenons beaucoup d’eux, faisant des parallèles entre leurs luttes de territoires, leur rapport au temps, les stratégies qui en découlent et celles des humains. 
Nous sommes aussi touchés par certaines postures, ce qui génère souvent un mitraillage de photos dans la foulée.
Et surtout, nous aimons beaucoup les faire parler avec humour (notamment du comportement étonnant des «bipèdes » de leur point de vue). 
Nous savons que notre affection féline est particulière et qu’elle peut étonner les personnes qui ont plus de distance avec les animaux. Nous avons un vrai recul sur ce que nous faisons, cette fameuse distanciation HP. Et c’est sans doute ce qui nous amuse le plus. 

___

Gourmands,

Nous apprécions de repérer des pépites cachées – juste à l’ambiance, au nom du restaurant ou au menu… – et nous les faire découvrir. Sur place, nous nous faisons goûter les plats des uns et des autres. Nous essayons alors de deviner les ingrédients insoupçonnés d’un met qui nous a plu. 
Quand les enfants étaient plus jeunes, j’avais vite compris qu’ils n’appréciaient pas du tout qu’on leur prenne le « menu enfant » alors qu’ils avaient envie d’avoir un « vrai plat », comme les grands. Ils étaient fiers d’aller dans des bons restaurants. Pour occuper leur impatience, j’avais toujours des jeux dans mon sacs pour les divertir discrètement et que le temps passe plus vite pour eux. 

Tous les 4, nous aimons nous mettre aux fourneaux. Nous avons pourtant des approches bien distinctes. Mon fils cuisine très bien et nous régale souvent de plats élaborés. Il pèse au gramme près, chronomètre, utilise un thermomètre de cuisson… alors qu’avec les filles, nous suivons rarement une recette précisément. Nous retenons les ingrédients, leur ordre de passage et le temps de cuisson. Mais nous n’hésitons pas à revoir les proportions, voire à faire des associations originales de saveurs. En la matière, nous nous servons tous de notre odorat et de notre palais pour anticiper le résultat, ce qui marche souvent. 

En découvrant l’hypersensorialité, j’ai également compris pourquoi certains aliments pouvaient les dégoûter, comme le brocoli, les endives, les huîtres, la texture du fromage de chèvre, selon chacun… Je sais désormais qu’il ne s’agit pas d’un caprice et je n’insiste pas. 
Au début, il m’arrivait de cuisiner 4 plats différents, avec l’impression sous-jacente de tenir un restaurant. Heureusement, avec le temps, j’ai trouvé des recettes qui intègrent toutes les contraintes tout en restant diversifiées.  
De leur côté, au fil des années, il leur arrive de goûter à nouveau pour vérifier ce qu’il en est et parfois de changer d’avis. En réalité, ils n’aiment toujours pas mais l’expérience gustative (ça peut être la couleur, le goût, la texture, la cuisson) est parfois moins coûteuse, ce qui leur permet de s’adapter dans certains contextes sociaux. 
Nous avons également évolué ensemble, au gré des impulsions végétariennes, asiatiques, sans gluten ou sans sucre de chacun d’entre nous.

Nos discussions et nos regards croisés nous permettent de comprendre les motivations d’autrui, tout en restant ouverts et flexibles aux autres régimes alimentaires. Ici, encore, nos manières de faire peuvent interpeler, sembler compliquées alors que pour nous elles sont juste « normales ». 

___

Explorateurs et casaniers à la fois en vacances,

Les vacances n’échappent pas à la règle des atypies. Mes deux aînés sont adultes. Ils ont plein des projets avec leurs amis et/ou en couple. Mais ils ont aussi à cœur de passer une part de leurs vacances tous ensemble, ce qui me surprend et me touche beaucoup. 

Dans ces moments-là, nous avons autant besoin de repos que d’être stimulés par notre environnement. Pour choisir la destination, nous nous partageons, en amont, nos envies respectives : mer ou montagne, original ou plus tranquille… mais aussi notre budget, nos contraintes logistiques… 
Puis nous cherchons un lieu qui répond à tous ces critères et bien d’autres encore : des jolis coins inédits à découvrir ; du calme et de l’obscurité pour pouvoir dormir ; une belle nature, voire quand c’est possible une jolie vue environnante pour ravir nos yeux ou notre odorat ; un intérieur charmant et authentique… sont des éléments qui comptent. 

En effet, nous savons que nous allons alterner des journées d’exploration ou de randonnées… et d’autres plus tranquilles sans sortir pour récupérer. C’est alors l’occasion de lire, dessiner, écrire, coder, faire des jeux de société, visionner des films, en solo ou ensemble selon l’humeur de chacun.
Nous emportons toujours avec nous quelques jeux de société prédilection, pour lesquels nous inventons au besoin des règles supplémentaires, afin de complexifier l’expérience et continuer de s’amuser.

En arrivant, nous dressons la liste des quelques activités que nous aimerions avoir faites avant de repartir, pour l’avoir en tête. Mais nous ne faisons pas de programme figé car l’énergie et les envies au réveil comptent pour beaucoup dans notre balance. 

Ces façons de faire ne sont pas forcément compatibles avec des personnes qui aiment profiter un maximum de tout ce que leur séjour peut leur offrir, avec un programme détaillé à l’appui ou un choix de villégiature fonctionnel qui permet d’optimiser les déplacements. Ça se comprend complètement mais pour avoir essayé (de leur faire plaisir), ce genre de vacances nous épuise plus qu’autre chose.
Au fur et à mesure des années, la tribu s’agrandit. La fluidité demeure, ce qui m’étonne peu. Consciemment ou non, ils attirent à eux des profils qui leur ressemblent ou ont les mêmes valeurs qu’eux.

___

Une parentalité trop fusionnelle ? 

Toutes ces façons de fonctionner et bien d’autres encore interpellent, taxées parfois de relations (bien trop) fusionnelles. Ce thème nous a longuement interpelé, à commencer par moi, naturellement. 

Il y a bien des façons d’être parent. Pour ma part, j’envisage ce rôle comme un socle d’amour et un accompagnement vers l’âge adulte, avec pour objectifs de les aider à se connaître, à s’accepter tels qu’ils sont, à croire en eux et les outiller pour qu’ils volent de leurs propres ailes.
Mon éducation parentale est du genre « ferme et bienveillante » à la fois. Quel que soit leur âge, j’ai toujours considéré mes enfants comme des individus à part entière, leur offrant un respect inébranlable. Je leur dis ce que je fais et fais ce que je dis. Et ils connaissent les espaces d’exploration et les limites à ne pas dépasser. 
En parallèle, ils ont appris à écouter leurs émotions, leurs ressentis, leurs doutes et à faire confiance à leurs analyses. Nous ne sommes pas forcément toujours d’accord – ce qui est important il me semble – mais nous trouvons le moyen d’écouter le point de vue des autres, ce qui aide à évoluer. 

La parentalité avec des enfants atypiques est rarement « légère ». Elle est même souvent exigeante, voire épuisante. Elle implique une grande authenticité et une réelle capacité à se remettre en question, au risque sinon de voir sa progéniture (notamment THP) appuyer là où ça fait mal ! Ils cherchent un cadre et testent les limites afin d’être rassurés au fond.
Ils offrent, en retour, tout autant d’expériences surprenantes. A 3 ans à peine, ils peuvent montrer le chemin, depuis leur poussette, pour rentrer à la maison ; savoir comment brancher un clavier d’ordinateur ; utiliser des mots compliqués ou des expressions à des moments inattendus ; avoir des goûts vestimentaires très arrêtés et nous confronter à notre rapport au jugement extérieur ; nous demander ce qu’on devient quand on meurt, au moment de faire leur sieste ; ou nous regarder au fond des yeux en nous donnant l’impression de voir notre âme…   
Même animée des meilleures intentions, j’ai fait beaucoup d’erreurs. Je n’ai pas de problème à les reconnaître et à leur demander pardon quand c’est le cas. 

Dans leurs relations, leur choix d’orientation… quand ils me demandent mon avis, j’essaie de leur donner à la fois le point de vue d’un parent mais aussi d’un individu à part entière, en reconnaissant la subjectivité qui peut l’accompagner et en les encourageant à se positionner. Le discours est naturellement adapté à leur âge, au contexte et aux enjeux. 

Ce rôle parental me fait souvent penser à celui d’une équilibriste sur un fil.  Dans le même temps, il offre son lot de cheminement personnel pour devenir une meilleure personne et tant de fous rires en route… que je le referais à tous les coups, même en sachant à l’avance ce qui m’attend. 

Leur père n’a pas la même approche de la parentalité. Chacun de nos enfants entretient une relation différente avec lui, selon leur tempérament et leurs expériences. Il me semble que l’important est qu’ils se sentent libres d’explorer cette relation, en dehors d’un conflit de loyauté ou de jugements inutiles. 

Dans cette manière de faire famille, nous avons parfois été taxés d’avoir des relations trop fusionnelles, via notre entourage ou des thérapeutes. Est-ce vraiment de ça dont il s’agit ? 
Nous partageons des particularités, qui relèvent du 1/1000 personnes et sont invisibles pour la majorité des gens. 

  • Nous nous intéressons à de multiples loisirs ou sujets, de manière ponctuelle ou plus durable. Ils varient selon chacun d’entre nous : escalade, chant, théâtre, sports de combat, langues étrangères, féminisme & patriarcat, écologie, intelligence artificielle, rapport aux finances et au capitalisme… Nous pouvons nous lancer dans des monologues enflammés, puis nous en rendre compte, ce qui nous fait rire.
  • Pour étancher notre curiosité, nous farfouillons partout, quitte à écouter des podcasts en accéléré. Et, nous n’avons pas de problème à penser en dehors du cadre, à questionner une conclusion qui fait consensus. Sans doute aussi de ce fait, nous apprécions de pouvoir en parler ensemble, afin de confronter nos avis parfois bien divergents. 
  • Nous alternons entre des moments de grande énergie et d’autres où la batterie est à plat, selon des temporalités et des phases distinctes. Nous composons avec. 
  • Nous avons tendance à perdre ou faire tomber des choses, ce qui nous agace profondément. 
  • Et nous pouvons procrastiner un moment sur des sujets différents et selon des temporalités distinctes et prendre soudainement une décision, qui peut sembler impulsive pour d’autres alors qu’elle a longuement été mûrie en back-office.
  • Nous avons également quelques pics hypocondriaques et des routines ou quelques T.O.C. pour les gérer. Ils varient selon les contextes et les sources d’inquiétude. 
  • Il nous arrive d’oublier de fêter certaines dates mais nous n’avons pas notre pareil pour trouver le cadeau ou la petite attention qui fait vraiment plaisir.
  • Nous éprouvons un plaisir sincère à faire de nouvelles rencontres, de préférence authentiques, et à chercher à comprendre des manières de penser et de vivre différentes. Et nous expérimentons tout autant de mésaventures et déconvenues. En parler permet de dédramatiser et de se sentir moins seul.e.es.
  • Quant à l’injustice, elle nous fait facilement sortir de nos gonds…

___

Sur tous ces sujets et bien d’autres encore, nous nous voyons faire et nous nous entraidons quand c’est possible. Ces similarités induisent une grande compréhension des fonctionnements familiaux, ce qui génère naturellement de la complicité. Nous savons que nos comportements dénotent dans ce monde plus typique. Nous essayons, dans la mesure du possible, de nous adapter en conséquence pour nous intégrer. 
Mais en famille, nous nous comprenons à demi-mots ou demi-émotions. Nous parlons (très) vite, faisons des jeux de mots souvent (« nous sommes patraques » quand tout va bien 😉 et régulièrement envisageons des liens entre plein de thèmes éloignés.
Nous sommes plus ou moins à l’aise avec le téléphone, selon. Nous avons néanmoins tous ce plaisir de discuter ensemble, voire de débattre de sujets philosophiques ou plus triviaux, de nous faire part de nos succès ou de nos mésaventures et d’en rire ensemble.

Pour autant, nous avons chacun nos cercles amicaux, nos projets et des personnalités bien distinctes: introvertis et solitaires ou plus extravertis; ponctuels ou souvent en retard; dans la médiation ou très directs, bordéliques ou plus maniaques… C’est important, riche et précieux.
Mais, en parallèle, nous connaissons nos besoins, nos envies, nos qualités, nos défauts, nos fonctionnements individuels et nos limites personnelles. Et nous savons nous les communiquer. Cela ne nous empêche pas d’être très directs parfois, voire de nous mettre en colère … et de nous demander pardon ensuite. 

In fine, dans cet espace familial, nous pouvons exister tels que nous sommes, sans faire semblant. Je crois que nous nous aimons, tout simplement. Et cerise sur le gâteau, nous nous apprécions, en mesurant la chance qui nous est donnée de pouvoir le faire sincèrement, alors que ça ne va pas forcément de soi. En avoir conscience, au présent, est sans doute l’un des plus beaux cadeaux de nos atypies.