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La parentalité de zébrillon(s)

parentalite HP

Lorsqu’une personne est détectée haut potentiel, il arrive généralement que des ascendants, descendants et autres membres de la fratrie soient identifiés par ricochet. C’est la raison pour laquelle les détections tardives d’adultes se font bien souvent par l’intermédiaire des enfants.

Ainsi dans une famille, toute la fratrie peut être surdouée ou seulement certains. Cela donne dans tous les cas une parentalité spécifique, source d’une grande charge mentale, d’autant plus si le ou les parents sont aussi zèbres.

Pendant la grossesse déjà, une femme HP, surtout organique (très ancrée corporellement et émotionnellement) peut ressentir particulièrement ses changements internes, les fibres de sa peau s’étirer, l’accélération de son flux cardiaque, ses changements de température… Et ces constats associés à un traitement mental accru peuvent générer de l’anxiété tandis qu’en parallèle elle prend la mesure de ses responsabilités à venir et voudrait au contraire se sentir fiable.  

Puis à la naissance, le temps revêt une nouvelle dimension, rythmé par ses besoins et ceux de son bébé plutôt que par l’horloge du monde moderne. Pour les plus hyperactives, ce changement n’est pas toujours facile à négocier et d’autant moins quand des conseils « avisés » extérieurs prônent d’autres pratiques.

Selon son histoire de vie, voire quelques traits autistiques parfois bien planqués, elle peut également s’interroger sur la réalité de cet instinct maternel : que signifient réellement les pleurs de mon tout petit ? Est-ce la faim, la fatigue, la couche, l’ennui ? Comment font les autres pour savoir ? Mais comme elle compte souvent aussi sur une bonne dose d’ingéniosité, elle finit par trouver des stratégies propres pour mieux cerner ce bébé qui a eu la drôle d’idée de venir au monde sans son mode d’emploi ;).

Dans tous les cas, elle cherche déjà à faire au mieux pour le bien-être de son enfant, avec son habituelle dose d’exigence, d’intensité (émotionnelle) et d’incertitudes.

Ensuite, au fil des mois, les parents sont confrontés à certaines particularités rayées. Elles ne sont pas les mêmes d’un enfant à l’autre mais généralement évocatrices :  

  • Dès 3 mois, ce regard scrutateur du zébrillon leur donne parfois l’impression qu’il sonde leur âme à chaque fois qu’il les regarde.
  • Très tonique dès la naissance, il peut être en avance au niveau psychomoteur, développer une bonne coordination main-œil très tôt pour attraper ce qui l’intéresse, s’asseoir à 6 mois, marcher vers 9/10 mois… ou tout le contraire s’il s’agit d’un perfectionniste : il ne bouge pas pendant des mois avant de se lever d’un coup et marcher, sans passer par le quatre pattes. Dans tous les cas, il génère déjà chez certains parents quelques questionnements, voire inquiétudes sur son développement « normal ».
  • Les bébés les plus sensibles peuvent aussi être mal à l’aise face à un inconnu ou quelqu’un qu’ils n’ont pas vu beaucoup, ce qui peut provoquer quelques couacs au niveau social : « tu ne veux pas faire un bisou à ton papy ? ». Ils peuvent aussi entendre des bruits pourtant imperceptibles à l’oreille pour certains adultes.

Il ne s’agit naturellement que de signaux qui peuvent néanmoins mettre sur la voie de la douance.

En grandissant, ces mini HP peuvent présenter :

  • Un rapport particulier à l’alimentation : curieux, méfiants, pâtivores, frûtrivores, gourmands ou très compliqués à nourrir, ils portent une attention spécifiques aux textures, aux odeurs et/ou aux couleurs des aliments. Certains leur plaisent franchement tandis que d’autres provoquent des réactions épidermiques. En grandissant, ils peuvent poser de nombreuses questions sur l’origine des produits, les conditions de culture ou d’élevage, les additifs et autres emballages… avant d’atterrir dans leur assiette, puis dans leur bouche. Certains deviennent même végétariens impliqués, du jour au lendemain, après avoir vu une émission. Autant dire qu’à ce niveau non plus, le quotidien des parents n’est pas de tout repos et peut changer à tout moment.
  • Petits dormeurs et compliqués à coucher, certains enfants HP manifestent très tôt des angoisses pré-endormissement. Ils retardent alors encore et encore l’heure du coucher, se rappelant ce bobo qu’ils n’ont pas montré, ces dents qu’il vaudrait mieux laver à nouveau ou réclamant un dernier bisou avant de tenter l’aventure « dodo ». A la longue, cette difficulté pousse les parents dans les retranchements de leur patience. Car si l’angoisse du petit est sincère, la fatigue des adultes l’est tout autant.
  • Ils revendiquant souvent une autonomie précoce. Ils veulent aider dans la famille… à cuisiner, mettre la table, s’habiller comme ils l’entendent quant ils ne se proposent pas d’aller à l’école seuls dès 4 ans. Cela donne régulièrement quelques fous-rires mais implique par ailleurs des réponses argumentées à leur demande. Le zèbrillon a de la suite dans les idées généralement.
  • Un style vestimentaire parfois original : le confort des matières, la praticité des coupes et l’attachement à certains vêtements, les étiquettes ou les matières qui grattent, les manteaux qui engoncent, les capuches pour éviter les gouttes dans les yeux… entrent aussi en ligne de compte. Ces requêtes, qui expriment un inconfort réel de la part des enfants, implique néanmoins des contraintes supplémentaires pour les parents en termes de shopping.
  • Un vocabulaire étoffé et une syntaxe bien construite très jeunes sont souvent un trait révélateur de haut potentiel chez les enfants. En effet, véritables éponges, ils captent les conversations d’adultes, retiennent les mots rigolos des livres – ce sont souvent des lecteurs insatiables – ou des films qu’ils visionnent et se font un plaisir de les restituer, avec gourmandise, dans un nouveau contexte, étonnamment approprié.
  • Ceux qui ont une très grande mémoire visuelle ou auditive vont même parfois apprendre seul à lire et écrire (vers 4 ans), ce qui n’empêche pas des”dys-fficultés” par ailleurs.
  • Ce sont aussi de vrais mitraillettes à pourquoi autour de 3 à 5 ans : etsi la couleur du ciel ou les marées peuvent trouver des réponses facilement, d’autres sont plus compliquées : « pourquoi on meurt ? Pourquoi je dois dormir tout seul alors que les mamans dorment avec les papas ? Pourquoi c’est meilleur les frites que les épinards ? Est-ce que tu as déjà menti, toi ? ». Un parent averti et équipé de quelques livres de type « dictionnaire des pourquoi » et autres « Max et Lili » s’en sort parfois plus aisément.
  • Certains font du calcul dès l’âge de 2/3 ans : si on donne une part de gâteau à tout le monde, il reste une part alors…
  • Ils ont souvent horreur de l’ennui, de la frustration et de l’injustice qui les fait sortir de leur gonds, notamment à l’école. Ils peuvent donc facilement être blessés intensément par les réactions de leurs amis à la récréation ou de leur enseignant(e). Pour peu que le parent soit aussi une éponge émotionnelle et que sa journée n’ait pas été meilleure, cela peut donner des soirées difficiles à gérer.
  • Et il y a aussi dans certains cas ce « malentendu scolaire », notamment dans les petites classes. L’enfant trouvant l’énoncé tellement simple est persuadé qu’il n’a pas compris l’exercice et se décourage, s’amusant à la place tandis que l’enseignant(e) s’interroge déjà sur des déficiences éventuelles.  
  • En revanche, ils ont tous un syndrome de DYSSYNCHRONIE, dépeint par le psychologue français JC Terrassier : il s’agit de la différence de développement entre l’âge physique et la motricité, les compétences sociales, l’affectivité ou les capacités intellectuelles de l’enfant HP. Cela donne des enfants à la fois très maladroits mais pourtant capables d’une agilité très fine pour une activité qui leur tient à cœur.

CONCLUSION

Ces différentes particularités ne sont pas les mêmes d’un enfant à l’autre, avec toutes les combinaisons possibles, de la famille tout en rayures au « joli petit canard ».

Au final, chacun construit peu à peu sa personnalité selon son environnement, dont la fratrie fait partie, avec son lot de comparaisons même involontaires. Et lorsque la douance entre en jeu, comme sur bien d’autres sujets, les impacts sont plus intenses encore.

Pour ma part, découvrir la particularité cognitive des mes deux premiers enfants en fin de primaire, puis la mienne, a complètement redistribué les cartes de ma parentalité. J’ai ainsi mieux compris leur besoin d’échanges sur tous les sujets, leurs interactions particulières avec leurs amis ou professeurs. Ensemble, nous avons alors pu chercher des solutions pour canaliser leur empathie, laisser la place à chacun, affronter les situations et gérer les désagréments. Au final, ils m’ont appris la patience. J’aime beaucoup la formule d’Olivier Revol qui recommande « une parentalité ferme et bienveillante à la fois ».

Il n’en demeure pas moins qu’être parent zèbre de zébrillons est intense, épuisant même. Car cela implique une charge mentale particulière. Ce terme sociologique, si bien illustré par la bloggeuse Emmaclit, décrit avec brio ” la logistique énergivore à tout programmer intellectuellement quotidiennement pour faire tourner son foyer “, en prenant soin de chacun de ses membres.

Mais cette parentalité-là offre aussi des moments très drôles et pleins de tendresse.