Asperger et/ou HP ?

A noter : le terme « Asperger » n’est plus utilisé dans le DSM-V (car décrié du fait de l’auteur des recherche et du contexte dans lesquelles elles ont eu lieu. Il est remplacé par spectre autistique. Néanmoins, on retrouve plus facilement des articles et des ouvrages en se basant sur cette terminologie. Pour permettre aux lectrices et lecteurs d’explorer ensuite le sujet sur la toile, j’ai fait le choix de le nommer ;). 

Les troubles du spectre autistique (TSA) sont une particularité neuro-développementale d’intensité variable. Ils se repèrent par une exacerbation des sens (nommée hyperesthésie) parfois associée en parallèle à une hypoesthésie d’un sens ou deux, des difficultés de communication (verbale et/ou non verbale), une altération des interactions sociales (mutisme, trop grande franchise… et dans tous les cas une incompréhension tacite des règles sociales…) ainsi que des comportements atypiques comme des stéréotypies, des passions (nommées intérêts restreints) parfois jugées par autrui envahissantes…
L’autisme ne s’accompagne pas forcément d’une déficience intellectuelle, bien au contraire. Dans mes publications, je me concentre plus particulièrement sur les profils avec QI élevé car les modes d’expression autistiques et d’adaptation sociale en mode camouflage sont spécifiques.

La frontière est parfois bien fine entre autisme (avec QI élevé) et au haut-potentiel. Au fil de mes recherches sur ce sujet, il me semble que plusieurs pistes d’explications mériteraient d’être encore explorées :

  • le sujet est à la fois HP et TSA ;
  • le sujet est HP, ce qu’il ignore, mais compose également avec un stress post-traumatique complexe. Pour faire face à une enfance qui a manqué de sécurité émotionnelle et de soutien, il a développé, grâce à son fonctionnement cognitif particulier, des stratégies qui font penser à des troubles du spectre autistique ;
  • le sujet est très haut potentiel (> 145 de QI). Je vous recommande le podcast de Fanny Marais, coach spécialisée des profils HP, avec Fabrice Micheau, une des plus grandes références pour moi sur la douance et tous ses corollaires en France.

La recherche doit continuer d’avancer sur ces différents thèmes, encore méconnus pour mieux les appréhender, d’autant plus que les femmes concernées passent plus facilement inaperçues.
Nombre de professionnels, même identifiés sur l’autisme ou le haut-potentiel, ne sont pas suffisamment formés sur l’ensemble de ces thèmes, et notamment sur les psychotraumatismes et les incidences hormonales chez les femmes (comme la préménopause par exemple).
Il en résulte des accompagnements utiles au départ mais partiels sur le long terme et parfois des erreurs de détection ou de diagnostics, dévastatrices pour les HP et/ou TSA (cf l’article sur le test Wais, résultat homogène ou hétérogène).

Car cette  » différence invisible  » (BD formidable de Julie Dachez et Mademoiselle Caroline) a de nombreuses répercussions au quotidien dans une société qui fonctionne sur la base de codes sociaux tacites. En prendre conscience permet souvent de mettre en place des techniques moins énergivores pour composer avec la société tout en respectant ses limites.

Dans mes publications, mes conférences et mes accompagnements, j’intègre l’ensemble de ces sujets. Ces différents éléments permettent à chaque personne concernée de cheminer pour mieux identifier ce qui relève de ses particularités de fonctionnement, de son histoire, de son contexte, de son genre…

En quelques mots, en dehors de commorbidités complémentaires, à la différence des HP, les autistes présentent :

  • Une incapacité à saisir implicitement les codes sociaux, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne peuvent pas les intégrer « manuellement ». Cela leur demande beaucoup plus d’efforts et génère malgré tout quelques couacs, d’où une plus grande difficulté à nouer des relations amicales ou amoureuses.
  • Un débordement émotionnel et/ou sensoriel induisant un blocage fugace cérébral (faisant penser à une dissociation momentanée) ne leur permettant pas d’être spontanés ou d’avoir le comportement social attendu : rester attentifs à la conversation…
  • Un besoin d’isolement régulier et sur de longues durées pour se ressourcer.
  • Une difficulté à opérer de changements de vie : cela ne les empêche pas de les mettre en oeuvre mais ils suscitent une véritable tornade émotionnelle très énergivore qui les laisse à plat longtemps après.
  • Et ces éléments sont présents dès la naissance et durables dans le temps chez les TSA (encore faut-il se souvenir de cette enfance), même si avec des aménagements et à force d’apprentissages, ils peuvent apprendre à composer avec.

A mon sens, la grande difficulté des neuroatypies est qu’elles sont invisibles et longtemps inconscientes. On met parfois beaucoup de temps à réaliser que les autres ne pensent pas et ne ressentent pas de la même manière. Dans tous les cas, on retrouve chez ces deux profils cette même intensité pour tout qui rend les uns comme les autres si intéressants et captivants.

Dans la communauté autistique, nombre de personnes privilégient la reconnaissance de l’autisme au sens large plutôt que d’identifier et de nommer un haut potentiel et un TSA en parallèle. Il me semble que ce qui se joue dans cette approche est aussi une volonté d’éviter des comparaisons, voire une forme de supériorité (intellectuelle ?) des doubles profils.
Pour ma part, je fais le choix contraire car mon objectif est avant tout de faciliter la détection des profils « twice », voire multi, notamment féminins. Celles et ceux qui me connaissent savent que ma posture n’a rien à voir avec un jugement ou une forme de domination quelconque, loin s’en faut. C’est d’ailleurs aussi une des raisons pour lesquelles je n’emploie pas les sigles HPI ou HPE, qui peuvent sous-tendre une forme de compétition.
Mais mon expérience et ma pratique m’ont souvent amenée à constater que ces profils spécifiques ne développent pas les mêmes stratégies adaptatives que les TSA ou les HP.
De ce fait, ils peuvent peiner à se reconnaître et à s’intégrer sincèrement socialement, y compris avec des pairs. Il me semble que cette forme de solitude bien particulière mérite d’être comprise et accompagnée, tout autant que les autres difficultés afférentes aux neuroatypies. Or la compréhension des mécanismes en jeu offre une grande part d’apaisement dans ces cas-là, ainsi que des clés de cheminement et des outils pour composer plus sereinement avec ses difficultés et ses talents.