Ces violences quotidiennes + ou – évidentes

Les femmes, les enfants, les personnes d’origine, de genre, de confession, de style différents sont régulièrement victimes de violences. Certaines sont verbales, d’autres non-verbales. Certaines sont frontales, d’autres plus larvées.
Quand on les reçoit, on ressent au minimum une sensation d’inconfort corporel, voire de mal-être un peu gluant… à moins d’éprouver une tristesse ou une rage profonde.
Parfois on réagit, plus souvent on se fige… parce qu’on ne s’autorise pas toujours à les envisager comme des agressions ou qu’on ne pense pas avoir les clés pour réagir en conséquence… parce qu’on a l’habitude, parce qu’on se sent isolée et qu’on a peur au fond.
Les identifier sans douter est un premier pas essentiel pour changer la donne.
Dans la grande majorité des cas, elles sont fomentées par des hommes, protégés par le patriarcat encore très présent dans notre société. C’est la raison pour laquelle j’écris cet article au féminin.

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Avoir sa zone de sécurité envahie : recevoir une bise alors qu’on a dit qu’on n’aimait pas ça ou que tout notre comportement non-verbal exprime le refus de le faire, être prise par l’épaule (par surprise), recevoir une main sur la jambe ou les fesses, se faire « emprunter » ses affaires sans son consentement, se faire fouiller son sac à main, entrer dans notre chambre sans notre accord, lire notre courrier… mais aussi regarder par-dessus notre épaule pour lire nos SMS ou mail…
Plus discrètement: être quelqu’un d’ordonné et vivre avec une personne bordélique (ou qui se lave rarement) et qui ne fait aucun effort malgré plusieurs discussions pour trouver un terrain d’entente ; ou qui allume toutes les lumières du domicile alors qu’on ne supporte pas les lumières vives…

Être jugée (mise dans une case) d’après son physique, son allure vestimentaire, sa coiffure, ses tatouages, son origine, ses croyances, son contexte professionnel, sa situation familiale, ses choix de genre, son poids, sa maladie…
Recevoir des questions personnelles (intrusives) en la matière, ou des remarques blessantes (y compris sous forme d’humour).
Plus discrètement être envisagée comme quelqu’un qui a une « vie facile », en se basant sur notre apparence ou être toujours celle qui doit prendre soin des autres.

Nous demander des informations personnelles après quelques secondes de discussion : notre nom, notre adresse, notre numéro de téléphonenous faire une surprise en venant chez nous (ou nous contacter via les réseaux) alors qu’on n’avait pas communiqué nos informations personnelles.

Absence de réciprocité relationnelle (familiale, amicale, amoureuse) : être avec quelqu’un qui parle tout le temps, monopolise la conversation, hausse le ton de la voix pour qu’on se taise, nous pose plein de questions mais se dévoile peu (ou de manière floue) en retour.
Mais plus subrepticement, être avec quelqu’un qui n’accepte pas qu’on puisse avoir un avis ou des goûts différents.

Avoir l’impression d’être « utilisée » : être sollicitée uniquement en cas de besoin, félicitée mais uniquement en société devant les gens.

Absence de réciprocité temporelle : être toujours celle qui attend l’autre pour la réponse aux messages, lors des rendez-vous ou pour s’organiser pour faire quelque chose, se faire poser des lapins régulièrement. Pour les enfants, répondre présent mais de manière aléatoire ou conditionnée par un comportement de leurs parts…

Entendre son entourage critiqué, avoir honte du comportement (inhabituel) de l’autre en présence de son entourage : « Je ne comprends pas pourquoi tu perds ton temps avec des gens comme ça (ce que tu leurs trouves) ! », « Ils ne te méritent pas ! », Ils ne te comprennent pas comme moi ! ».

Côtoyer quelqu’un qui se victimise en permanence, ne se remet pas en questionce qui excuse tous ses actes : la personne se met systématiquement à pleurer ou à bouder quand on essaie de parler d’un problème, quand on ne fait pas ce qu’elle veut.

Se confier à quelqu’un et avoir sa confiance trahie : avoir des secrets confiés à d’autres sans notre accord, entendre nos failles et vulnérabilités racontées en public.

Être ignorée en notre présence : parler de nous à la 3e personne, voir l’autre se mettre à faire quelque chose quand on est en train de lui parler (ou hausser les yeux au ciel) alors qu’il ou elle dit écouter.

Ne pas pouvoir compter sur l’autre quand on en a (vraiment) besoin, devoir se débrouiller toute seule (et penser que c’est normal).
Dans la même veine, avoir l’impression d’être « juste » tolérée dans un groupe ou être humiliée dans une assemblée sans que personne intervienne.

Être régulièrement mise en doute dans ses capacités intellectuelles, son parcours, sa façon de faire, ses besoins ou plus subtilement nous convaincre de faire des choses qu’on n’apprécie pas.

Être investie d’attentes floues, puis critiquée ensuite : « je te fais confiance, tu me connais, tu feras ce qu’il faut ! », « Ne me déçois pas ! », puis râler, critiquer, bouder ensuite.

Être dévalorisée dans ses réussites ou voir quelqu’un d’autre se les approprier à nos dépens : « Pas mal ton truc ! », « Si tu as réussi, c’est que ça ne devait pas être si compliqué ! », « On l’a fait ensemble ! » (alors que c’est faux).

En amour, être avec quelqu’un qui refuse durablement d’afficher notre relation en public.

Voir son ou sa partenaire flirter avec quelqu’un sous nos yeux.

À l’inverse, devoir se conformer aux attentes de l’autre pour ne pas susciter sa jalousie (maladive) : devoir tout lui dire…, renoncer à se rendre quelque part ou voir son entourage seule, donner accès à son téléphone, son emploi du temps, répondre immédiatement aux sms.

Être intimidée par le non-verbal : être fixée des yeux longtemps, regarder nos seins, nos jambes de manière appuyée, avoir des objets jetés sur nous, un couteau pointé dans notre direction, y compris l’air de rien, à table par exemple…

Se faire emprunter de l’argent régulièrement sans remboursement, être celle qui paie en permanence, soutient quelqu’un qui vit à nos crochets, voir l’autre puiser dans nos comptes ou utiliser notre carte bleue sans notre accord… Mais aussi être critiquée pour ses dépenses alors qu’on les assume financièrement.

Être culpabilisée, attaquée sur un sujet qui n’a rien à voir lors d’une dispute (pour reprendre le contrôle) : « Tu as dû mal comprendre ! », « Et si on parlait de toi ! ».

Subir du chantage affectif, de la dette émotionnelle, être culpabilisée : « Après tout ce que je fais pour toi, comment tu peux me faire ça ! », « Ça me fait de la peine, pourquoi tu nous fais ça ! », « Tu es égoïste ! », « Si tu me quittes, je me fous en l’air ! ».

Être poussée à bout puis insinuer qu’on est hystérique, folle : « Tu rabâches ! », « T’es complètement dingue ma pauvre fille, il faudrait te faire interner ! ».

Être empêchée de dormir, réveillée (plusieurs fois) dans la nuit. La démarche peut être discrète quand on a des problèmes d’endormissement et de sommeil comme faire du bruit mais elle se reproduit régulièrement.
Pour rappel, ce comportement est une tactique militaire (de torture) connue et utilisée pour obtenir des informations ou briser les résistances d’un prisonnier.

Avoir l’impression de perdre la tête parce que des objets sont déplacés, cachés (gaslighting).

Être mise en danger : subir une accélération de voiture alors qu’on est assise à l’avant sur le siège de droite ; être poussée à faire un sport connu pour les risques d’accident (escalade…) et se retrouver dans des situations dangereuses ; avoir des intolérances alimentaires connues qui ne sont pas respectées dans la recette ; être droguée via sa boisson…

Nous forcer à avoir une relation sexuelle, à pratiquer des positions non souhaitées, quitte à profiter d’un moment d’hésitation, insister sans relâche pour qu’on finisse par céder…

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Aucun de ces comportements est un témoignage d’affection ou d’amour, même maladroit. Il s’agit de violences.
Elles sont régulièrement excusées par la société via des phrases de type : « Personne n’est parfait ! », « C’est un homme, c’est ton parent, ton frère, ton supérieur… il ou elle ne se rend pas compte, ne fait pas exprès, t’aime trop ou ne sait pas comment le faire… », « Il fait ça pour ton bien. ». Cette complaisance participe à faire douter les victimes et à perpétuer les agressions.
Elles trouvent régulièrement leur source dans les blessures d’enfance, les insécurités et les peurs de la personne qui les commet. Malgré cet éclairage, elles induisent des relations toxiques.
Un accompagnement avec un.e thérapeute dûment formé.e (psychologue, psychiatre) est préférable. On peut éventuellement l’orienter, mais c’est à elle de faire la démarche ensuite. Ce n’est pas le rôle d’un membre de la famille, d’un.e ami.e, d’un.e partenaire amoureux, d’un.e collègue de prendre en charge et/ou d’aider une personne à « guérir de son enfance ».

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Les femmes neuroatypiques et plus particulièrement avec TDA-H et/ou TSA sont des victimes faciles pour les agresseurs. Elles sentent bien depuis l’enfance qu’elles ne fonctionnent pas comme tout le monde. Bien souvent, du harcèlement (ou des abus) s’est chargé de le leur faire comprendre (à l’école, à la maison, avec des « ami.e.s »…). Elles doutent donc déjà de leurs façon d’être et d’entrer en relation.
Elles ont également tendance à croire ce qu’on leur dit, à s’accrocher aux mots, en étant moins attentives au non-verbal.
Quand des comportements inadaptés ont lieu, elles mobilisent leur empathie pour excuser l’agresseur ou s’incriminent plus facilement. Les violences sont d’autant plus faciles à mettre en oeuvre et à perdurer dans le temps.
En revanche, quand elles apprennent à les identifier et ont réfléchi à quelques répliques ou comportements pour y répondre, elles peuvent mobiliser leur franchise pour se positionner.