Êtes-vous plutôt intuitive ? Mentaliste ? Profiler ?

Photo ©SandrineRouget

Décoder le langage non-verbal 

Nous communiquons bien plus avec notre allure, notre occupation de l’espace, le ton de notre voix, nos silences, notre mode de contact visuel, notre respiration, nos mimiques, notre gestuelle… qu’avec nos dires. La communication non-verbale englobe toutes ces formes de communication, c’est-à-dire toutes celles qui ne reposent pas sur les mots.
Ces éléments donnent des indications importantes sur les émotions et intentions sincères d’autrui, le tout bien souvent en moins d’une seconde.
Comment s’exprime ce non-verbal ? Quels sont les messages émotionnels cachés ? Est-il possible de décoder facilement ce langage spécifique ? 

LES MESSAGES NON-VERBAUX

D’après les recherches du Professeur A. Mehrabian (UCLA), 55% de la communication intrapersonnelle passe par le corps38% par le ton de la voix et 7% par les mots (seulement !). Autant dire que de nombreuses informations empruntent d’autres canaux que la parole, et ce en quelques secondes, voire en une fraction de seconde. 
L’anatomiste suédois Carl-Herman Hjortsjö, puis le psychologue américain Paul Ekman se sont quant à eux plus particulièrement intéressés aux micro-expressions faciales (de 0,25 à 0,5 seconde). 
C-H. Hjortsjö a ainsi identifié 23 mouvements des muscles faciaux correspondant à une émotion particulière.
P. Ekman a poursuivi ce travail, en croisant des données issues de cultures très variées afin d’identifier les micro-réactions non-verbales universelles qui expriment la surprise, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût, la joie. 
Leurs recherches ont donné lieu à un outils de modélisation nommé le FACS (Facial action calling system). Paul Ekman est également arrivé à la conclusion que si les expressions faciales pouvaient simuler une émotion, il était bien plus difficile de le faire avec les micro-expressions.

A plus d’un titre, le non-verbal joue donc un rôle prépondérant dans nos interactions. C’est lui qui «donne la première impression », avant même qu’on ait commencé à parler. 
Elle est d’autant plus importante que « le biais (ou effet) de primauté » est fréquent dans notre société : les premiers éléments recensés sur une personne ont plus de poids que les suivants.
Pendant la conversation ensuite, le non-verbal sert de soutien, de renforcement ou vient parfois en contradiction de ce qui est énoncé. Ces signaux donnent de nombreux renseignements complémentaires pour qui sait les lire et les décoder. 
Au-delà de la gestuelle et des expressions, des facteurs variés et souvent insoupçonnés entrent en ligne de compte. Je vous propose une petite exploration en la matière. 

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L’occupation de son territoire personnel

Le rapport que les humains entretiennent avec leur territoire et la distance d’autrui se nomme la proxémie. Elle fait l’objet de nombreuses recherches car elle relève à la fois de notre culture, de nos liens et de notre manière d’être individuellement. 
En synthèse, notre territoire personnel pourrait se définir à travers plusieurs « cercles distanciels », allant de l’intime aux espaces progressivement de plus en plus partagés et ouverts aux autres, l’extrême étant le virtuel. 
Notre chambre, notre bureau, notre place à table, notre voiture… puis par extension notre ordinateur, notre téléphone, nos réseaux sociaux… sont autant d’espaces plus ou moins privés.
Ces territoires invisibles dessinent notre équilibre en termes de sécurité, de rapport à la propriété et d’ouverture sur le monde. Ils sont directement corrélés à la bulle de protection et au masque social que nous enfilons, au besoin, pour préserver notre ego du jugement extérieur. 

Nous avons toutes et tous une sphère invisible de protection, plus ou moins consciente, qui nous entoure et délimite notre sentiment de sécurité quand nous entrons en interaction avec autrui. Elle varie selon les gens, leur tempérament (introverti ou plus extraverti) mais aussi leur vécu, leur culture et leur.s éventuelle.s neuroatypie.s… Cette sphère se réduit également plus ou moins selon le degré de complicité de la relation.
Cependant, le degré de confiance et l’estime de soi acquis dans l’enfance comptent aussi (beaucoup?) dans cette balance. Les humains confiants se sentent plus facilement légitimes à occuper et défendre leur territoire personnel. A l’aise, leurs capacités à occuper des espaces partagés est bien plus grande tandis que leur bulle de protection est plus réduite. 

L’anthropologue Edward Twitchell Hall a étudié la proxémie. Il a identifié 4 niveaux de distance (de sécurité), selon le degré d’intimité et les règles sociales (associées) : la sphère intime (de 15 à 45 cm), la sphère personnelle ou affective (de 45 à 120 cm), la sphère sociale (120 à 360 cm) et la sphère publique
Avoir conscience de ces zones et de la variation du degré de proximité physique selon chaque individu permet de respecter l’intégrité de chacun.e. On n’y pense pas forcément mais c’est un bon début pour éviter les malentendus relationnels. 

Un autre aspect intéressant est la manière dont les gens s’installent autour d’une table pour avoir une discussion. Le contexte reste important naturellement. Cependant, les placements spontanés peuvent donner quelques indications.
Ainsi, une installation en face à face induit plus facilement des rapports de force. Une proximité côte à côte en angle traduit l’envie d’explorer la relation plus en avant, avec un premier a-priori favorable. Quant au côte à côte strict, il favorise l’entraide et l’intimité. 

Comme pour toutes les autres caractéristiques évoquées ici, ces indices sont naturellement à replacer dans l’environnement, dans la temporalité et selon la personnalité des gens impliqués : la forme des tables, l’heure d’arrivée des convives, leur degré de connaissance… Ils donnent néanmoins quelques renseignements sur les premières impulsions. 

  • Pour les neuroatypiques, d’autres facteurs entrent en ligne de compte en complément. Les profils hypersensibles et TDA-H, notamment extravertis, auront plus facilement tendance à rechercher la connexion et la proximité. 
  • Les HP apprécient les places qui leur facilitent l’observation et l’interaction à la fois. 
  • Les profils plus introvertis et autistes ont besoin de pouvoir s’extraire facilement de leur chaise. Ils préfèrent de ce fait les places en bout de table ou en extrémité, ce qui peut les exclure de la conversation plus facilement. Mais d’autres critères peuvent peser dans la balance chez ces derniers tels que la proximité de la lumière du jour (se mettre dos à la fenêtre permet de mieux lire les expressions des visages éclairés en face), la sensation de froid à proximité d’une porte ou d’une fenêtre, le bruit de la machine à café… 

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Le toucher, la texture de la peau

En lien direct avec le précédent point, la relation au toucher est importante dans notre société. C’est l’un des sens les plus explorés par un bébé ses premiers mois de vie, le temps que les autres s’affinent et s’adaptent. Dans le cadre d’une parentalité étayante, il les source d’amour, de tendresse et d’une réassurance immédiate. 
Dans les pays d’inspiration latine, les habitants sont beaucoup plus tactiles spontanément que dans les pays nordiques ou de l’Est de l’Europe. En France, en Espagne, en Italie, au Portugal…Les gens s’agrippent, se touchent, s’embrassent plus facilement. C’est une façon de manifester leur intérêt pour autrui. 
Néanmoins, le tempérament de chacun.e entre aussi en ligne de compte. Les personnes plus introverties n’apprécient pas ce genre d’approche, en dehors de l’intimité. Il en va de même pour les profils atypiques, notamment pour celles et ceux qui privilégient la maitrise corporelle
Le contact humain spontané est alors très coûteux pour eux. Cela génère une gêne sensorielle qui n’est pas toujours comprise et qu’ils ou elles ne s’autorisent pas forcément à exprimer. Elle relève pourtant de l’intégrité physique. 

  • Pour les personnes pudiques, en hypervigilance ou présentant des traits autistiques, leur faire une surprise, les attraper par l’épaule alors qu’elles sont de dos, leur faire la bise sans hésiter… et par extension leur prendre leur stylo sans permission, écrire sur leur papier… représentent autant d’intrusions dans leur espace personnel. Elles sont génératrices de peurs, voire de colères profondes, sources d’inconfort relationnel. Comprendre ces différences de fonctionnement et en parler permet d’assainir les relations. 
  • En effet, de nos jours, il est possible de désamorcer plus facilement la problématique du toucher dans ses interactions. Les publications sur l’hypersensorialité (et l’hypersensibilité) ainsi que le Covid ont bien aidé en la matière. D’une manière générale, avant de toucher une personne, même pour la saluer, on pourrait prendre l’habitude de lui demander ce qu’elle préfère (salut de loin, check, se serrer la main, se faire la bise) et/ou lui demander si c’est ok pour elle de la toucher.
  • Certains profils atypiques sont très attentifs à la texture de la peau de leurs interlocuteurs.trices. Lisse, granuleuse, douce, brillante ou plus sèche… Elle représente plus facilement une source d’attraction ou non. 

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L’apparence et le langage des accessoires

Notre allure générale se traduit par nos vêtements, nos chaussures, notre style de coiffure, le fait de se maquiller ou non… mais elle passe aussi par les manteaux, les sacs, les bijoux et éventuels piercings que l’on porte, voire nos tatouages (largement démocratisés ces dernières années). 
Qu’on s’en défende ou non, ces éléments projettent une image de soi, une forme de carapace sociale (plus ou moins choisie). Elle parle de nos goûts, souvent de notre CSP, parfois d’une appartenance culturelle ou spirituelle, du soin que l’on porte ou non à ses affaires, peut-être d’une implication écologique et tant d’autres aspects. 
Bien avant d’avoir initié la conversation, ces indices sont traités (même inconsciemment) par nos interlocuteurs et concourent à produire une première impression
Ces « accessoires » parlent de notre tempérament (strict ou plus détendu), de notre éventuelle joie de vivre (style coloré ou plus sobre), de notre impatience ou maladresse (vêtements froissés, tâchés), souvent de nos moyens financiers ou de nos croyances… 
In fine, « cette carapace » évoque par petits bouts discrets une part de notre histoire et de notre personnalité : confiante, fiable, sincère, soignée, sérieuse, audacieuse, active, dominante, sportive…
Ces facteurs sont des liants d’appartenance sociale. Ils participent plus ou moins rapidement à une intégration dans un groupe. Mais ils contribuent également au contraire. 

Les profils atypiques n’échappent pas à la règle. Mais d’autres aspects en lien avec leur hypersensorialité ou hyperactivité comptent tout autant, voire plus : 

  • des vêtements amples au toucher agréable (indépendamment de leur couleur ou leur style), 
  • des couleurs cachant plus aisément les tâches, 
  • des textiles qui se froissent peu et permettent l’hyperactivité, 
  • une coiffure facile à entretenir, 
  • une difficulté sensorielle à se peigner quand les sens sont à crans, 
  • l’absence de maquillage pour les femmes (les couches de fond de teint et de mascara étant difficiles à supporter pour la peau), 
  • une paire de chaussures devenues tellement confortables qu’on peine à s’en défaire malgré l’usure, 
  • un problème daltonien qui gêne l’assortiment des couleurs…

Ces motivations méconnues brouillent les pistes sociales d’autant plus que les tendances en matière de mode vont rarement dans le sens du confort. Je pense aux chaussures à talons aiguilles par exemple. Certes, elles n’ont pas leur pareil pour mettre en valeur le corps féminin mais elles sont un véritable enjeu d’équilibre et une vraie source de souffrance (dorsale) pour quiconque a déjà tenté l’exercice.

  • Les femmes HP ont plus fréquemment conscience de tous ces enjeux et jouent parfois avec, choisissant leurs tenues selon le contexte. 
  • Les femmes autistes qui se camouflent (généralement « twice ») jouent également le jeu mais différemment. Nombre d’entre elles se sont renseignées sur l’impact de l’allure, de la colorimétrie, de la morphologie… Elles ont tendance à arborer un « uniforme » (bien souvent dans des nuances de noir, gris, beige et blanc) qui tient compte à la fois de leur sens et de l’adaptation au contexte social. Cependant, après de nombreuses années en mode caméléon, elles ressentent souvent un manque d’authenticité dans ce qu’elles dégagent, sans trop savoir comment y remédier. 

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Les silences et le paralangage

Les silences, les pauses et autres ponctuations vocales… disent beaucoup de choses quand on y prête attention. Il y a des silences qui parlent d’écoute active, de surprise, d’intervalle de réflexion, de pudeur, d’ennui, de scepticisme, de colère, d’arrogance, de chagrinmais aussi d’une complicité si bien installée qu’ils ne gênent plus.
Ils renseignent aussi sur la personnalité d’autrui : son besoin éventuel d’occuper l’espace vocal, d’éviter de laisser des silences s’installer ou la sérénité de cohabiter avec.

Toutes les nuances modulant la voix (paralangage) font de même : le timbre (aigu à grave), la texture (limpide ou plus rocailleuse), le volume (faible ou fort), le rythme (lent ou rapide), les intonations de voix (monocordes ou modulés), la température (chaude ou froide)… Ces caractéristiques ont une influence sur la première impression que l’on peut se faire des autres. 
Pour donner quelques exemples :

  • Une voix grave est souvent associée à un profil de leader tandis qu’une voix aiguë marque l’enthousiasme ou la nervosité. Il en va de même pour un rythme rapide. 
  • La colère s’accompagne bien souvent d’une montée de volume vocal tandis que la fatigue ou la tristesse poussent plus facilement au contraire. 
  • Les intonations permettent d’introduire des questions ou des exclamations. Elles cassent également le rythme, ce qui permet de rester plus concentré.e, notamment sur des sujets complexes. 

Ces éléments accompagnent les messages transmis, en les colorant des intentions et émotions de l’émetteur. 

  • Chez les atypiques, certains facteurs colorent leur paralangage. Ainsi, les HP et les TDA-H ont tendance à parler (très) vite pour ne pas perdre le fil de leurs pensées (foisonnantes). Ils font facilement des disgressions (ouvrant de nombreuses parenthèses).
  • Les autistes sont plus facilement monocordes. Ils peuvent être très silencieux puis s’engager dans des monologues enflammés sur des sujets qui les passionnent. Néanmoins, les femmes TSA qui camouflent ou cumulent les neuroatypies peuvent avoir pris des cours de chant ou de théâtre pour apprendre à moduler (inconsciemment) leur diction. Le ton monocorde peut cependant ressurgir quand elles sont fatiguées. 
  • Les profils multiples ont un discours très structuré, fait de phrases courtes, synthétiques. Elles peuvent paraître abruptes ou parfois candides alors qu’elles sont le fruit d’un long raisonnement.

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Le regard

La mobilité des yeux, la dilatation de pupilles, l’intensité et/ou l’éclat du regard en disent long sur nos émotions et nos pensées
Trop mobiles ou trop appuyés, les yeux mettent facilement mal à l’aise. Ces mouvements parlent d’humilité, d’anxiété, de repli ou à l’inverse d’intimidation, de dissimulation… Quand le regard brille, il évoque notre intérêt pour l’autre. Quand il se détourne, il indique le besoin de réfléchir ou un malaise. Quand les pupilles ne se dilatent jamais, elles renvoient à une dissociation (et indiquent souvent une personnalité à la fois « hypnotisante » et toxique). Quand il est tourné vers le sol, une soumission, vers le ciel un agacement…
Pour démontrer un intérêt sincère, une règle sociale tacite recommande de jeter de brefs regards réguliers dans ceux de la personne avec qui on parle, et ce tout au long de la conversation. 

  • Cette règle est difficile pour les autistes. Le regard est la porte d’entrée de l’intime et de l’âme, pour eux comme pour les autres. Les profils HP-TSA en ont particulièrement conscience. De ce fait, cette approche sociale n’est pas facile à mettre en œuvre. 
    Nombre d’entre eux trouvent des parades telles que regarder entre les yeux ou enlever leurs lunettes de correction pour voir flou et donner le change. 
  • Les personnes en hypervigilance peuvent avoir tendance à fixer leurs interlocuteurs afin de s’assurer de leur niveau de sécurité. Elles ne réalisent pas forcément que se faisant elles envoient un message d’intimidation.    
  • Les profils introvertis ou ayant besoin de temps pour structurer leur pensée avant de parler détournent facilement le regard. C’est un peu comme si elles regardaient à l’intérieur de leur cerveau pour réfléchir. 
  • Petite astuce à destination des TSA pour terminer : quand on est en présence d’un couple, il est préférable de regarder en priorité la personne du même sexe que soi afin d’éviter de susciter une éventuelle jalousie de la part du ou de la partenaire. 

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La respiration

Dans notre société occidentale effrénée, on prend rarement le temps de prêter attention à notre respiration… à moins de pratiquer du yoga, du pilâtes ou plus généralement un sport. 
Pour ma part, ce processus est une source d’émerveillement infini : l’air que nous pouvons si facilement respirer, le simple fait de le faire… nous permet de vivre ! C’est d’autant plus vrai quand on s’intéresse aux questions environnementales et climatiques.
A la naissance, notre respiration passe par le diaphragme. Le ventre se gonfle spontanément à l’inspiration et se dégonfle à l’expiration. En grandissant, nous oublions souvent ce processus, remplacé par une respiration plus thoracique. 
Or notre mode respiratoire a beaucoup plus d’incidence qu’on l’imagine sur notre posture corporelle et de ce fait sur la manière dont l’extérieur nous perçoit. Ainsi, quand on respire profondément avec son diaphragme, le corps s’ancre mieux dans le sol tandis que la tête et les épaules se redressent. Quant à notre voix, elle porte mieux et plus loin.
Ces éléments communiquent immédiatement un message de confiance en soi. A l’inverse, une respiration thoracique d’urgence, des épaules recourbées (pour protéger le cœur), une tête baissée renvoient un message de peur et de soumission.
Ces facteurs jouent dans les interactions, dans la perception instinctive qu’ont les autres de soi. 

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La posture corporelle (plus ou moins ouverte spontanément)

Le port de tête (droit ou plus incliné) ; la mobilité des mains (au repos ou en activité) ainsi que leur niveau de pression lors d’une poignée pour saluer (énergique ou plus molle) ; les bras et jambes souvent croisés, plus ouverts sur le monde, voire prenant toute la place… ; des gestes agités, saccadés, fluides ou plus retenus… mais aussi remettre en place ses cheveux, tapoter des doigts sur une table… sont autant d’éléments qui traduisent certains aspects de notre personnalité ou notre état émotionnel du moment
Est-on plutôt quelqu’un de confiant, de sûr de soi ? De dominant ? De délicat, de discret ? D’anxieux ? D’impatient ? Dans le contrôle ou plus détendu ? Intéressé.e par l’autre ?
Dans les échanges, ces gestes, souvent inconscients, participent également à ponctuer les discussions, à distribuer les tours de paroles et à éclairer nos mots comme : dire aurevoir de la main, hocher la tête pour assentir, croiser les bras ou reculer son torse pour manifester un désaccord… 
Ils peuvent, à l’inverse, parfois semer le doute lorsqu’il y a des incohérences entre la parole et le geste. Quand par exemple, un.e proche se dit attentif.ve à ce qu’on lui raconte alors qu’il ou elle est en train de lire un message sur son téléphone. 
Observer ces aspects offre de bons indicateurs du degré d’engagement de chacun dans la relation. 

  • Les personnes avec TSA ont des mouvements corporels qui ne correspondent pas à ceux de la majorité des gens. Ils peuvent avoir des stéréotypies (ces gestes répétitifs) qui les aident à gérer leur trop plein sensoriel ou émotionnel et, à l’inverse, présenter une grande maîtrise gestuelle, notamment dans les interactions, quand ils se concentrent sur la discussion. 
    Dans tous les cas, ces « incongruences corporelles » conduisent parfois (souvent ?) les gens qui les entourent à se sentir mal à l’aise, à les juger, voire à douter de leur sincérité. Connaître ces particularités autistiques aident bien à dénouer certains malentendus. 

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Les micro-expressions faciales

Se mordre les lèvres, relever un sourcil, plisser le front, cligner des yeux… Nos expressions faciales expriment d’autant plus facilement nos émotions qu’elles sont généralement involontaires. En effet, non feintes, elles se manifestent en moins d’une demi-seconde.
Paul Ekman a étudié pendant de longues années les émotions universelles associées à chacune de ces micro-expressions.  Ainsi : 

  • La colère se traduit via les pupilles qui deviennent des fentes, un regard figé, des sourcils froncés avec la ride du lion qui se creuse entre les yeux, des narines qui se dilatent, des lèvres qui se resserrent ou se pincent.
  • La peur se décèle à travers l’ensemble du visage qui remonte vers le haut et en tension : sourcils, paupières…   
  • La surprise passe par des yeux qui s’écarquillent et des sourcils qui remontent en circonflexes. 
  • Une joie sincère s’exprime autant avec les yeux qui brillent, les petites rides qui se dessinent autour des yeux, que les pommettes qui remontent et le sourire de Duchenne.
  • La tristesse se lit via un regard régulièrement perdu dans le vague, des paupières et des lèvres qui s’orientent vers le bas. 
  • Le mépris se note au menton et à la tête qui se relèvent, se penchant un peu en arrière tandis que les lèvres remontent d’un côté. 
  • Les autistes sont moins attentifs aux micro-expressions, notamment quand ils ou elles sont impliqué.e.s dans l’interaction. Ils ou elles se concentrent surtout sur les mots et regardent plus facilement le bas du visage. Cela leur pose plus de difficultés pour saisir les implicites, les messages complémentaires, l’humour ou les mensonges, du moins à l’instant « t ». 
  • De leur côté, si les micro-expressions demeurent, elles peuvent être plus discrètes. 
  • Ces particularités sont source de nombreux malentendus quand on ne connait pas bien les TSA. Les profils qui camouflent apprennent parfois à compenser (souvent inconsciemment) leurs difficultés en s’aidant de leur hypersensorialité. Ils peuvent être plus attentifs aux silences, au ton de la voix, à l’accélération du pouls ou aux changements de chaleur corporelle de leurs interlocuteurs.  

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Les odeurs corporelles

Savons et shampoing utilisés, déodorants, transpiration, éventuel parfum… Certaines odeurs nous attirent tandis que d’autres nous répulsent instinctivement. Elles peuvent donner des renseignements sur les personnes que l’on rencontre : profil plus naturel ou sophistiqué, sportif
Dans la même veine, les changements d’odeur peuvent indiquer une gêne ou une anxiété passagère quand la transpiration s’en mêle par exemple. Ils peuvent aussi parler de problèmes digestifs ou d’une période difficile à traverser…
On ressent d’autant plus facilement ces changements quand on est bien connecté cœur-corps-mental ou hypersensoriel. Mais dans ce dernier cas, des odeurs trop présentes peuvent également envahir tellement les sens qu’elles finissent parfois par bloquer la capacité à discuter. 

  • Ce n’est pas un hasard si les hypersensibles et les profils avec TDA-H ont la sensation de «sentir» les gens. Même s’ils ou elles n’en ont pas forcément conscience, l’odorat, ainsi que tous les autres sens, étoffent leur intuition. C’est un vecteur puissant car le corps se trompe rarement. 
  • Pour les haut potentiels, tout dépend de leur connexion à leurs sens. Quant aux autistes, ces odeurs corporelles peuvent facilement les faire « bugger ». Dans tous les cas, elles sont sources d’épuisement en fin de journée. 
  • Mais, en retour, les odeurs offrent un joli potentiel de régénérescence : quand on hume le parfum de fleurs ou de l’herbe fraîchement coupée, par exemple. Les TSA peuvent aussi se servir de stratégies olfactives pour gérer leur stress ou se recentrer plus facilement dans des conversations. Il suffit de mettre quelques gouttes d’huile d’essentiel, avec une odeur qu’on apprécie, dans le creux de son poignet avant d’aller au contact d’autrui. 

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Les perceptions intracorporelles 

Les hypersensoriels ont une grande facilité à capter les changements intracorporels. Ils sentent leurs modications internes mais aussi celles d’autrui : l’accélération du rythme cardiaque, le réchauffement corporel, un nœud dans la gorge, un blocage dans l’estomac ou le plexus solaire… 
Cette particularité conduit plus facilement à de la synesthésie (le fait d’associer des sens, des couleurs, des formes avec des mots, des chiffres, des personnalités…).
Dans la mesure où elles grandissent avec leur hypersensorialité, les personnes concernées n’ont pas forcément conscience de ce potentiel particulier et peuvent peiner à lui faire confiance. Il est pourtant très précieux. 

  • Les profils multi-neuroatypiques utilisent régulièrement ce don, plus ou moins consciemment. Cela leur permet de contourner leurs éventuelles difficultés, notamment autistiques, en passant par d’autres biais. Ils ou elles savent plus facilement quand quelqu’un leur ment, ressent une attraction ou l’inverse. 

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Le rapport au temps 

Le rapport à la ponctualité, la planification et la durée des interactions, le délai de réponse aux SMS sont autant de facteurs qui jouent dans la fluidité d’une relation. Mais ces facteurs s’accompagnent souvent de règles sociales tacites, qui varient selon le contexte et le type de relations. 
Concernant la ponctualité par exemple, si elle est attendue lors d’un entretien d’embauche et perçue comme un signe de fiabilité… Les quinze minutes de retard sont bien souvent préférées socialement lors d’une invitation à dîner. 
Quant à l’organisation et l’anticipation, elle peut être facilitatrice des rencontres pour les personnes qui ont des emplois du temps bien chargé et/ou aiment planifier. Mais elle est plus difficile à suivre pour les profils spontanés. Cette donnée est souvent sources de couacs dans les relations amicales ou amoureuses. 
Il en va de même pour le temps de réponse aux messages téléphoniques ou aux mails. Certaines personnes sont très réactives et attendent la pareil, d’autres beaucoup moins, voire se sentent facilement envahis. De nos jours, il arrive même fréquemment que des messages restent sans réponse, ce qui peut être accepté ou carrément révolter. 
En effet, ces variations sont souvent analysées sous le prisme du niveau d’intérêt et d’engagement d’autrui dans la relation. C’est en partie le cas mais pas toujours. En réalité, les peurs liées aux blessures de rejet ou d’abandon, issues de l’enfance, jouent aussi leur partition dans cette symphonie relationnelle. 
Dans tous les cas, ces petits actes sont loin d’être anodins d’autant plus qu’ils ponctuent notre quotidien hyperconnecté. 
Apprendre à se connaître en matière de ponctualité, d’anticipation, de réponses sms… et prendre le temps de partager son fonctionnement à son entourage est un bon moyen d’éviter certains malentendus. 

  • Ce sujet est particulièrement actif chez les atypiques. Il se joue néanmoins différemment selon les profils. 
  • Ainsi, à moins d’être introvertis, les hypersensibles et les personnes avec TDA-H préfèrent généralement la spontanéité. Il leur arrive plus fréquemment d’être en retard à leurs rendez-vous. Cette approche ne remet pas en cause leur intérêt pour autrui. Elle parle surtout de leur foisonnement intérieur et de leur difficulté à planifier et s’organiser. 
  • Les haut potentiels, plus particulièrement méthodiques et dans l’efficience permanente, n’apprécient pas les retards et la perte de temps que cela génère. Selon leur histoire et leur personnalité, ils apprennent néanmoins à composer avec. 
  • Pour les profils autistiques, la donne est plus compliquée. La ponctualité est une marque de respect, pour soi et pour autrui. Elle est donc source d’une grande frustration, voire de colère, quand elle n’est pas respectée. 
    En revanche, il leur est beaucoup plus difficile de s’engager dans une échéance à long terme. En effet, l’hypersensorialité, l’insomnie, les crises autistiques… pèsent beaucoup sur leur niveau d’énergie. Ils ou elles ne savent pas toujours à l’avance quel sera leur niveau de batterie énergétique. Cela peut peser sur leurs capacités d’interaction, du moins quand ils ou elles s’autorisent à le dire. 
  • Parler de ses fonctionnements et trouver des solutions « gagnant-gagnant », du moins avec les personnes qui comptent, aident bien dans ces cas-là. 

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Bulle de protection, occupation de l’espace, toucher, apparence, silences, paralangage, gestuelles et micro-expressions, odeurs, mais aussi rapport au temps… In fine tous ces facteurs entrent en ligne de compte dans la connexion et la complicité qui se jouent (ou non) entre deux personnes.
Ces éléments sont sources de rapprochement autant que de malentendus, de conflits, voire de ruptures, selon les profils et le passé de chacun.e d’entre nous. 
En les listant, la première réflexion qui m’est venue est qu’il fallait un sacré nombre de concordances tacites pour donner lieu à un coup de foudre amical ou amoureux. Mais c’est sans doute pour ça que c’est aussi beau aussi. 
Plus globalement, avoir conscience de ce non-verbal permet d’élargir sa compréhension du contexte et des autres. Or, en la matière, les profils atypiques ont des approches de lecture différente. 

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ÊTES-VOUS PLUTÔT UNE PERSONNE « INTUITIVE », « MENTALISTE » OU « PROFILER » ? 

Une personne intuitive « sent » les gens. Elle ne sait pas forcément comment expliquer ses ressentis mais l’expérience lui démontre régulièrement qu’elle se trompe rarement. Elle sait immédiatement si elle peut être en confiance avec quelqu’un ou si, au contraire, elle doit s’en méfier et s’éloigner. 

  • Les hypersensibles sont généralement très intuitives, notamment quand elles sont bien connectées cœur-corps-mental et se font confiance. 

Un profil mentaliste possède une fine compréhension de la psychologie humaine et présente une grande capacité à observer et lire le langage non-verbal. Ces données lui permettent de cerner les comportements d’autrui, de les anticiper et de s’ajuster en conséquence. 
Le mentalisme est plus souvent évoqué dans le domaine de la magie ou via des personnages de séries. Les pouvoirs suggestifs et de télépathie de ces profils sont alors mis en avant, l’aspect surnaturel étant parfois valorisé. Mais ces capacités peuvent s’exprimer plus discrètement au quotidien. 

  • Les haut potentiels, notamment présentant une vitesse de traitement élevée, ont cette faculté de mentalisme. Plus ou moins conscient, ce don leur permet d’interagir, avec une grande finesse ; de mobiliser un groupe ; de faciliter les consensus, d’amener les gens aux conclusions recherchées et de se positionner dans les relations amicales et amoureuses. 

Un.e « profiler » est une personne qui étudie les motivations de passage à l’acte d’une personne. Ces motifs peuvent englober des facteurs physiologiques, psychologiques, sociologiques, culturels, économiques, traumatiques… Chacun donne des éclairages complémentaires sur les comportements.
Les profilers se basent à la fois sur le verbal et le non-verbal, sur les « jeux » interactionnels mais aussi sur des connaissances anthropologiques, sociologiques, psychologiques, ainsi que sur des données chiffrées… pour arriver à leurs conclusions. 

  • Les profils « twice exceptional», notamment cumulant haut potentiel et autisme, peuvent présenter de grandes capacités de profilage. Elles s’appuient sur leur grande mémoire de travail pour collecter en peu de temps de nombreuses données, les analyser et en tirer des conclusions, assorties de probabilités. 
    Dans une certaine mesure, ce potentiel de comportementaliste leur permet de mieux cerner leurs interlocuteurs ainsi que leurs réactions, du moins dans les grandes lignes. Cette faculté les aide à compenser leurs difficultés autistiques et à s’intégrer socialement. 
    Elle est néanmoins difficile à mobiliser lors d’une première interaction ou quand ils ou elles sont impliqué.es. émotionnellement car la surcharge émotionnelle bloque ce processus analytique. Cela ne les empêche pas de mobiliser ce don après coup pour se faire une idée précise de ce qu’il s’est joué.  

Loin de l’idée d’utiliser ces compétences pour manipuler autrui à des fins de nuisance, elle me semble au contraire une belle fondation pour l’ouverture d’esprit.
Qu’on soit intuitif.ve, mentalist.e ou comportementalist.e, ces capacités sont rarement utilisées pour identifier des meurtriers ;). En revanche, elles permettent aux neuroatypiques de contourner certaines de leurs difficultés afin de s’intégrer socialement, d’autant plus quand ils ou elles font confiance à ce potentiel. 

Et vous, êtes-vous plutôt intuitive ? Mentaliste ? Profiler ? Comment ce don s’exprime chez vous ? Lui faites-vous confiance ? 
Pour celles qui souhaiteraient explorer leur potentiel en la matière, n’hésitez pas à me contacter pour un accompagnement.