Suis-je hypersensible? HP? TSA?

Lorsqu’on grandit en se sentant en décalage avec le reste de la société, avec cette forte sensibilité, cette capacité d’observation, ce détecteur d’incohérences en action partout et tout le temps et un niveau élevé d’exigence personnelle, d’intégrité et de justice… On ne sait pas toujours à quoi attribuer ce fonctionnement, ni le sentiment de solitude qui en découle. On se pense « bizarre », « trop en tout », « inadapté.e »… largement aidé.e en ce sens par la société.

Un jour, un livre, une émission de radio, un documentaire, une conversation, un.e médecin, un thérapeute ou une rupture de vie nous conduit à nous interroger: « est-il possible que je sois hypersensible? Surdoué.e? Asperger?
On recherche alors les signes et autres caractéristiques qui pourraient aider à mieux se comprendre. En la matière, si l’hypersensibilité semble plus facile à accueillir, il n’en va pas de même pour les autres particularités : une petite voix murmure à certains tempéraments : « Pour qui tu te prends ? Toi, intelligent.e… ça va les chevilles ? » sur l’aspect haut potentiel. Quant aux profils autistiques, ce thème étant rattaché à la sphère du handicap mental, elle ne réjouit pas particulièrement ou soulage selon l’histoire de chacun.

En réalité, les définitions réelles et la perception inconsciente que l’on a de ces différentes singularités sont en question à ce moment-là.

  • L’hypersensibilité concerne 15 à 20% de la population. Elle se traduit par un niveau de captation des informations extérieures (tant informatives qu’émotionnelles) plus élevé que la moyenne. Les sujets concernés ont une hyperesthésie (exacerbation d’un ou plusieurs des 5 sens) et une hyperempathie qui leur donne l’impression d’être une éponge émotionnelle. Elaine N. Aron décrit largement l’hypersensibilité, avec ses forces et ses faiblesses.
  • Le haut potentiel est une particularité neuro-cognitive qui touche 2,5 à 9% de la population selon les pays et les écoles de pensée. Elle inclut une hyperesthésie, au moins de la vue, associée à un fonctionnement cérébral particulier. le sujet peut être hypersensible sans être forcément hyperémotif, cela dépend de son tempérament et de son vécu. La pensée est ultrarapide, à dominante séquentielle ou plus arborescente, offrant de fortes capacités d’analyse (qui ne se détectent pas forcément à l’école). Elle est encore trop souvent confondue avec le génie, à l’image d’Einstein, dans l’imaginaire collectif.
    Fabrice Micheau, Carlos Tinoco, Hélène Vecchiali ou encore Cécile Bost sont pour moi de grandes références sur la douance. Quant à Fanny Marais et Chloé Romengas, elles décryptent particulièrement bien les nuances du haut potentiel dans leurs livres. De mon côté, en approfondissant très largement ce thème et en le croisant avec des données anthropologiques et sociologiques, j’ai identifié plusieurs formes d’expression de la douance au quotidien, avec ses forces et ses faiblesses.
  • L’asperger (TSA : trouble du spectre autistique) a une prévalence moins stable (entre 0,25% et 1% de la population, selon les pays, les définitions, les professionnels…). Le sujet présente une hyperesthésie exacerbée de plusieurs sens, ce qui lui demande beaucoup d’énergie et des moments de repli dans sa bulle pour se régénérer. Contrairement à ce qu’on imagine, ce profil est empathique. Mais quand il vit un débordement émotionnel, il se fige, ce qui le prive de la spontanéité ou des comportements socialement attendus. De son côté, il ne comprend pas implicitement les codes sociaux. Au niveau cérébral, l’asperger a de grandes facultés d’analyse, en mode séquentiel, et de classement des informations. Les femmes autistes passent plus facilement inaperçues que les hommes. Tony Atwood, Rudy Simone et Julie Dachez proposent de très beaux ouvrages en la matière.

Il n’est pas toujours facile de distinguer ce qui relève de l’hypersensibilité, du haut potentiel (voire du très haut potentiel) ou de l’autisme. En effet, ces profils atypiques ne s’expriment pas de la même manière, selon le tempérament, la physiologie, l’enfance et un éventuel vécu psychotraumatique, dont les séquelles rappellent par endroit des traits autistiques. Sur l’ensemble de ces sujets, la recherche doit encore avancer.

Depuis 6 ans, l’ensemble de mes investigations ont pour objectif de mieux cerner ces particularités, leurs points de convergence, leurs modes d’expression au quotidien et les impacts qu’ils ont sur les interactions sociales, la réussite professionnelle et finalement l’épanouissement personnel.
Ce sont ces différents éléments que j’aborde dans mes livres et à travers mes accompagnements, à commencer par mon test de personnalité qui explore ces différents aspects au singulier.

En tout état de cause, si ces neuroatypies offrent des éclairages importants sur sa façon de vivre et d’entrer en relation avec autrui, elles ne définissent pas une personne. Elles colorent son quotidien, de même que la personnalité et l’histoire de vie de chacun.

L’intérêt pour moi d’explorer ces thématiques est de cheminer pour goûter à la liberté et la sérénité d’être soi-même, simplement.