Préménopause et incidences chez les femmes avec TSA 

PRÉMÉNOPAUSE, DEFINITION & SYMPTOMES, SOUVENT ENCORE MECONNUS

LA MÉNOPAUSE se définit par l’arrêt définitif des règles (considéré comme tel après 1 an d’affilé sans) chez une femme. Elle se déclare généralement autour des 50 ans même si elle peut survenir plus largement entre 40 et 55 ans, selon les femmes.  

LA PRÉMÉNOPAUSE, aussi nommée périménopause, est la phase transitoire avant la ménopause. Elle correspond au vieillissement progressif des ovaires et notamment à la réduction fluctuante de leur production d’œstrogènes. Cette phase s’étire sur plusieurs années et s’exprime également différemment chez chaque femme. Certaines études rapportent qu’elle commence à bas bruit à 41 ans, d’autres bien avant. 
Au départ, les signaux sont faibles, tant concernant le type de symptômes, que leur durée et leur intensité. Comme ils sont espacés dans le temps et méconnus, il est difficile de faire le lien avec la préménopause. Quand ils s’installent, se répètent et s’accentuent progressivement (jusqu’à l’arrivée de la ménopause à strictement parlé), leur occurrence peut plus facilement mettre la puce à l’oreille. 

On associe facilement la ménopause aux bouffées de chaleur et aux changements d’humeur. Mais on a moins en tête les indices avant-coureurs de la périménopause. Pris indépendamment les uns des autres, ils peuvent interpeler, voire franchement inquiéter. En effet, les variations de production d’oestrogènes ont à la fois des incidences cognitives, émotionnelles et physiologiques.

VOICI UNE COMPILATION DES PRINCIPAUX SYMPTOMES DE PERIMENOPAUSE : 

  • Des changements de cycles, avec parfois rien pendant 2 mois (chez une femme jusque-là réglée comme une horloge ou non, pouvant mener à des suspicions de grossesse) ou des règles très hémorragiques sur peu de temps ; 
  • Des seins tendus, douloureux, (plus souvent tout au long du mois) ;
  • Des pics soudains de faim et plus de mal à digérer : les enzymes digestives devenant moins efficaces ;
  • Une perte musculaire ;
  • Ces deux premiers points conduisent facilement à une prise de poids, plus particulièrement au niveau du ventre, même sans aucun changement de régime alimentaire ;
    > pratiquer une activité physique plus régulière, repenser son alimentation en rajoutant des protéines (végétales) et du calcium, notamment au repas du soir, aident bien. 
  • Une sécheresse vaginale et parfois une baisse de libido (les deux pouvant être liés et mener à un éloignement dans le couple ou des conflits) ;
    > comprendre la source du problème permet d’en parler ensemble, d’utiliser éventuellement des lubrifiants…
  • Un besoin d’uriner très régulièrement, une tendance plus accrue à la constipation ;
  • Des pertes de cheveux, des ongles plus cassants, des poils noirs au menton, une rosacée de peau, une sécheresse oculaire ;
  • Des sueurs nocturnes, qui peuvent parfois se traduire simplement par une gestion corporelle de la température différente (comme ne plus avoir la sensation habituelle de pieds gelés au coucher)… 
    > mettre des draps et porter des pyjamas avec des tissus respirants, baisser la température de la chambre.
  • Des palpitations cardiaques et dans certains cas une accentuation de l’hypertension artérielle;
    > réduire la prise de café, la consommation de graisse, de sucre et d’alcool. 
  • Des douleurs articulaires, une sensation de corps qui rouille ou se rétracte : en effet, la diminution d’œstrogènes impacte la minéralisation des os à la baisse. Les os se fragilisent, facilitant les fractures. Quand elles sont répétées, on explore la problématique d’ostéoporose.
  • Des difficultés de sommeil (accentuées) : endormissement, réveils nocturnes ou très matinaux;
    > mettre en place de nouvelles routines et changer son alimentation du soir peuvent aider.
  • Une hyperfatigue persistante, avec parfois la sensation qu’on ne va pas réussir à sortir de son lit, même quand on est habituellement quelqu’un de très tonique ;
  • Des sensations de vertige, notamment quand on se lève trop vite ;
  • Des humeurs changeantes, avec plus de mal à retenir sa colère, même quand on est habituellement quelqu’un de calme ; 
    > des exutoires émotionnels, de la cohérence cardiaque, une pratique plus régulière d’un sport facilitent cette traversée.
  • Une sensation de confusion, de brouillard mental, des pertes de mémoire (chercher le prénom de quelqu’un, ne plus se souvenir ce qu’on était venue faire dans la cuisine… au point de se demander parfois si on n’a pas des signes avant-coureurs de la maladie d’Alzheimer) ;
  • Plus de mal à gérer le stress et la charge mentale ;
  • Des migraines et maux de tête (accentués), en lien avec les variations hormonales et parfois les variations d’hygrométrie extérieure (quand le temps se refroidit et devient humide soudainement ou l’extrême inverse) 
    > Les massage des épaules et du dos, les techniques de relaxation et les douches glacées sur le crâne peuvent aider. 

On comprend mieux comment l’ensemble de ces éléments, ajoutés aux hormones elles-mêmes et selon le contexte de vie, peuvent mener à une dépression. Il est cependant important de la replacer dans son contexte général afin qu’elle soit prise en charge de manière adaptée. 
Les hormones fluctuant de manière aléatoire, il n’est pas facile d’identifier la préménopause à travers des analyses de sang. En revanche, une meilleure connaissance de l’ensemble de ces signaux permet de les partager aux équipes soignantes lors de rendez-vous, ce qui peut aider à bénéficier d’une meilleure prise en charge. 

Pour celles qui souhaiteraient approfondir le sujet, j’ai bien aimé le livre (il y en a bien d’autres naturellement) de Bérengère Philipon et Sophie Dumont : « Je prépare ma ménopause et je la vis bien », aux éditions Larousse. Elles décryptent les symptômes et donnent de nombreux conseils éclairés, notamment en matière d’alimentation, de recettes de cuisine et de compléments alimentaires. 

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INCIDENCES CHEZ LES FEMMES AUTISTES

DES EFFETS DÉMULTIPLIÉS

De même que les cycles menstruels et la maternité peuvent s’accompagner de symptômes exacerbés et souvent méconnus chez la femme autiste, la périménopause n’échappe pas à la règle. 
Ces changements hormonaux, mais aussi physiologiques, émotionnels et cognitifs, sont particulièrement intenses chez elles. Ils ont pour incidence :

  • Un accroissement de la surcharge sensorielle, pouvant faire sortir de ses gonds même les femmes avec TSA les plus calmes habituellement.
  • Une perte de maîtrise et de repères, profondément sources d’anxiété.
  • Une amplification des dysrégulations émotionnelles.
  • Une fatigue extrême, favorisant (accroissant) dans certains contextes le repli social.
  • De grandes difficultés de concentration et de mémorisation. Par ailleurs, ces dernières réduisent leurs capacités à s’adonner à leurs intérêts spécifiques, notamment quand elles relèvent d’accumulation de savoirs, et donc à se réguler émotionnellement.
  • Une plus grande tendance à l’hypocondrie, y compris chez les femmes qui avaient trouvé des astuces pour la contenir jusque-là.

Le cumul des difficultés fonctionne comme un cercle vicieux dont il est plus facile de se sortir quand on comprend mieux les tenants et aboutissants. En effet, la psycho-éducation a un premier effet régulateur : quand les femmes savent à quoi est dû la problématique, les premières tensions se relâchent plus rapidement. 

UNE PLUS GRANDE (AUTO-)DÉTECTION DES FEMMES PRÉMÉNOPAUSÉES TSA, PASSÉES SOUS LES RADARS JUSQUE-LÀ

Un autre effet peu évoqué de la périménopause est qu’elle participe plus facilement à la détection des femmes avec TSA qui s’ignoraient comme telles. 
Souvent aidées (parfois inconsciemment) d’un haut potentiel et/ou d’un TDAH, elles ont mis en place des stratégies d’adaptation (masking, coping…), dès leur plus tendre enfance, afin de s’intégrer socialement. 
Débordées par leurs changements hormonaux, énergétiques et cognitifs, elles ne parviennent plus à mobiliser aussi facilement leurs techniques de masquage
Or ces femmes masquées sont généralement soucieuses du regard extérieur. Leurs réactions nouvelles, parfois vécues comme incontrôlables et génératrices de jugement, les inquiètent d’autant plus. Des sentiments de honte, de culpabilité et une perte d’estime peuvent charger un peu plus la barque. 

Des crises autistiques, de type shutdown (implosion & mise en veille généralisée interne) ou meltdown (explosion, submersion, perte de contrôle) interviennent ainsi plus facilement.
Il en va de même pour le contexte général, qui peut contribuer à avoir grignoté leurs réserves énergétiques au fil des années. En effet, ces femmes sont souvent impliquées dans leur travail, ou avec leurs enfants, ou auprès de leur famille/entourage, faisant passer leurs besoins et envies avant les leurs. Et là, elles n’arrivent plus à répondre présentes à toutes les injonctions qui s’accumulent. 

> Pour essayer de voir le verre à moitié plein dans ce brouillard « momentané » (information impor-tante), cette transition hormonale féminine peut être envisagée comme un cadeau pour leur permettre de se recentrer un peu sur elles-mêmes. 

Le même parallèle pourrait être fait pour des femmes en préménopause avec un TDAH ignoré. Si la fatigue peut réduire en partie l’hyperactivité (tonique et mentale) et l’impulsivité, les changements hormonaux et les symptômes qui en découlent pèsent sur les problèmes de concentration et d’organisation. Les oublis, les pertes d’objet, une moindre attention aux détails et au respect des consignes, des difficultés organisationnelles… sont accentués, y compris chez les femmes qui avaient pu trouver des solutions pour compenser. Ces débordements, inexpliqués, peuvent plus facilement mener au burn-out professionnel ou parental. 
Mais en rattachant le wagon du TDAH (voire à d’autres neuroatypies en parallèle), la prise en charge devient plus globale. Elle offre à la fois une meilleure compréhension de soi-même et des outils pour lutter contre l’anxiété, ainsi que des solutions thérapeutiques ( et parfois médicamenteuses) offrant plus d’efficacité.

En découvrant l’autisme (et/ou le TDAH) et la préménopause, des pièces de puzzle s’assemblent, offrant de la cohérence, souvent source d’apaisement. La bonne nouvelle est que ces femmes ont un don particulier pour identifier les occurrences et pour faire des recherches. Elles ont donc plus de chances de tomber, tôt ou tard, sur ces informations.