« La tendresse, la complicité, les ébats d’un couple me manquent. Je me trouve trop compliqué(e). J’ai tendance à idéaliser une relation pour ne plus être déçu(e). Je ne rencontre personne qui me corresponde. Je ne sais même pas où chercher, ni comment aborder l’autre. J’ai bien peur de ne jamais trouver J’ai trop souffert, je ne sais pas si je me remettrai d’une nouvelle déception… »
Il n’est pas facile d’entrer en séduction quand on est atypique. Sa sensibilité, son sens de l’observation, sa capacité à faire des liens, son exigence, son intuition et son besoin de sens existentiel… compliquent sacrément l’exercice. Petite exploration en la matière pour tenter de trouver des solutions.
Comme pour tout le monde, le genre, la part de féminin-masculin et l’orientation sexuelle sont déterminants. Un homme et une femme ne sont généralement pas stimulés de la même manière, par l’apparence physique. Mais pour les HP, elle est néanmoins, la plupart du temps, mise en regard de la curiosité intellectuelle de la personne en face, voire de ce que son âme souhaite partager, car ces complicités-là comptent aussi.
Les implicites culturels et sociaux jouent aussi leur rôle, pour le meilleur comme pour le pire, consciemment ou non. Ainsi la femme neuroatypique, souvent indépendante et volontaire, ne correspondant pas franchement aux attendus patriarcaux encore très prégnants. Elle impressionne voire hérisse, dérange ses partenaires potentiels. Peut-elle faire le premier pas dans ces conditions ? Ce faisant, risque-t-elle par la suite d’être toujours à l’origine des initiatives ?
D’un autre côté, les hommes HP qui sont plus particulièrement posés et sensibles peuvent présenter une certaine timidité qui ne leur permet pas d’exprimer tout leur potentiel masqué là où on attend encore souvent un partenaire viril et fonceur. Comment se lancer alors ?
Quant aux nuances des particularités neurocognitives, même si elles ne définissent pas une personne, elles conditionnent certainement aussi l’approche. Un profil intuitif sera plus facilement conquis par l’intensité, l’authenticité et l’originalité de la prise de contact tandis qu’un profil plus rationnel préférera prendre la température doucement et apprendre à connaître l’autre avant de se dévoiler… petit à petit. Autant dire que l’intersection de connexion n’est pas gagnée d’avance. Mais c’est aussi pour ça qu’elle est si belle lorsqu’elle a lieu.
Là où ça se complique sérieusement, c’est lorsque la vie a semé quelques embuches en la matière. La peur de souffrir à nouveau et de faire confiance rend ces profils extrêmement vigilants, plus facilement ancrés dans leur mental, quitte à passer à côté d’une jolie histoire. En effet, un certain détachement, une carapace version « roi/reine des neiges », un besoin de contrôle et de réassurance ou un idéal sur-intellectualisé ont souvent pris les commandes, laissant peu de place au pétillement émotionnel des premiers instants amoureux. Or, si la solitude et le repli sont réparateurs un temps, ne laisse-t-on pas alors le passé gagner à la longue ?
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Les bases de la problématique étant posées, comment séduire ?
- En préalable, il me semble plus indiqué de se connaître soi-même, de savoir qui on est, ce qu’on veut, ce qu’on vaut et ce qu’on à offrir à l’autre. Sans dresser une check-list détaillée, on peut déterminer ce qu’on attend de l’autre, en termes de valeurs notamment et de projection globale.
- Il est également important de travailler sur ses blessures et autres fantômes du passé, en cherchant à comprendre ce qui s’est passé et la part de responsabilités qui nous incombe.
Et dans toute interaction impliquant deux personnes, à moins d’être dépendant physiquement et mentalement, chacun.e joue sa part : on a laissé faire, on aurait pu faire autrement…
Cela ne remet pas en question l’inacceptable des contextes de violence ou d’injustice. L’idée n’est sûrement pas de rajouter de la culpabilité et de la honte à ce passé déjà douloureux. On a fait du mieux possible à ce moment-là !
Néanmoins, en se pensant uniquement victime, rejeté(e), abandonné(e), trahi(e)… On reste sujet de l’histoire, sans se donner les moyens de redevenir verbe. Le risque de reproduire le même type de scénario, de combler un vide ou de chercher réparation auprès du/de la néo-soupirant(e) est donc grand. En reprenant sa part, on découvre qu’on peut réagir autrement à l’avenir, ce qui offre de nouvelles possibilités. Ce travail d’introspection n’est certes pas très agréable à mener mais il conduit, à tous les coups, à plus de chance d’épanouissement personnel, comme amoureux. Et du point de vue des femmes HP, c’est certainement le plus bel atout de séduction qu’elle peut espérer d’un(e) amoureux(se). - (Re)connecter son alarme corporelle et instinctive est une autre étape. Elle permet de se préparer à accueillir les sensations et émotions qui accompagnent un nouvel élan amoureux. C’est aussi le bon moment pour faire le point sur son éventuelle famine sexuelle et le moyen d’y remédier. En effet, la majorité des HP ne manquent pas de capter ce type de fringale, même masquée, qui a besoin d’être comblée, ce qui peut avoir un effet répulsif. On se demande alors si on sert de casse-croûte ou si on intéresse son/sa partenaire pour « qui » on est vraiment. Une autre option consiste à l’annoncer avec honnêteté et élégance… avec un(e) HP, vous pourriez être étonné(e) du résultat.
- Il faut ensuite élargir sa « surface de contacts», c’est-à-dire multiplier les possibilités de rencontres, à travers des loisirs, des passions, des sites dédiés ou plus simplement dans la rue ou à un café. Dans tous les cas, cette surface est beaucoup plus réduite lorsqu’on ne sort pas de chez soi ou rencontre toujours les mêmes personnes. Il faut simplement en avoir conscience et assumer alors que (pour un temps) ses habitudes priment sur son sentiment de solitude.
- Enfin, il reste la partie la moins facile pour les plus introvertis : oser… ouvrir l’œil déjà, ensuite jeter quelques regards en direction de cette personne qui nous plaît, vérifier la réciprocité – cette étape est primordiale pour ne pas se ramasser – à travers des mots, des signes ou des regards, accompagnés de sourires.
- Mais surtout, on doit prendre le temps d’accueillir ces papillons dans le cœur, ce pétillement dans les entrailles ou le simple fait de se sentir pleinement à l’aise avec l’autre, données bien plus fiables en la matière que la relève mentale qui suit inévitablement chez tout zèbre, pas toujours des meilleures conseillères en la matière.
- On peut alors se lancer le défi d’aborder l’élu(e), en trouvant une formule originale (quitte à réfléchir en amont à quelques jolies phrases qui sortent de l’ordinaire) et lui demander / donner son numéro de téléphone ou lui proposer de prendre un café/verre ensemble.
- Cela suppose parfois de sortir sacrément de sa zone de confort. En la matière, le tempérament joue. Certain.e.s préfèrent garder l’espoir d’une belle histoire sans l’entacher de la réalité. D’autres jouent la carte d’apprendre de leurs expériences plutôt que de conserver des regrets. Elles ou ils se disent : « au pire quoi ? Ce n’est pas réciproque ! Dans la mesure où les phéromones mènent la danse, personne n’y peut rien, ni ne devrait se remettre en question finalement. ». Si la démarche a été élégante, un compliment fait toujours plaisir à l’autre et aura servi d’entraînement pour la prochaine occasion. Quel est le risque ? Est-il plus pesant que sa solitude ? Cela dépend de chaque personne.
En matière amoureuse, comme pour le reste, il n’y a pas deux histoires qui se ressemblent. Ainsi pour chacun des partenaires, tout l’enjeu est surtout de se demander ce qu’elle ou il cherche à partager avec l’autre. Lorsque l’on est sincère avec soi-même et qu’on tente, le reste se fait tout seul… à un moment ou à un autre. Mais c’est bien là le plus difficile, non ? S’en remettre au hasard, lâcher prise, sans contrôle possible sur ce que l’avenir nous réserve ?