Bilans pour profils atypiques, hypersensibles, hypersensoriels, haut potentiel, avec TDA-H, TSA, DYS

LE THP

Plus encore que pour les « surdoués », la notion de très haut potentiel est souvent associée à une intelligence fulgurante, censée se traduire en performance, en matière d’abstraction scientifique hors norme ou en réussite professionnelle incroyable. C’est parfois bien le cas… mais l’intelligence ne se traduit pas forcément sous cet aspect.

La question du très haut potentiel est encore peu explorée. On trouve quelques études, dont celle très intéressante de la psychologue américaine Linda Kreger Silverman. En France, Fabrice Micheau est, selon moi, celui qui parle le mieux du THP car ses connaissances encyclopédiques ouvrent des champs de compréhension inédits, à la fois factuels et globaux.

Chez ces profils rares (1/1000 de la population), le décalage avec la norme est prégnant et ce, dès leur plus jeune âge. En complément de capacités cognitives étonnantes (qui ne s’expriment pas forcément scolairement), bien des fonctionnements caractérisent le THP, à commencer par une connexion coeur-corps-mental puissante (à condition de ne pas être dissocié.e du fait de traumatismes), un rapport aux relations de domination/soumission à part et une véritable posture de pionnier (souvent inconsciente).
Pourtant, nombre de THP adultes passent souvent sous les radars, notamment les femmes. Elles ressentent bien souvent un sentiment de solitude accru, difficile à expliquer même quand elles sont bien entourées ? Voici quelques tentatives de réponses pour les aiguiller :

  • Les THP sont hypersensoriels : leurs sens sont exacerbés et ils sont ultra connectés à leur corps. Ils collectent de nombreuses informations par ce biais. Ils peuvent cependant être « hyper » de certains sens et « hypo » pour d’autres. En parallèle des sens externes, ils présentent des sens internes particulièrement aiguisés aussi, ce qui est une caractéristique du THP d’après mes recherches.
  • Ils ont généralement moins besoin de sommeil que la plupart des gens.
  • La majorité d’entre eux présente également des facilités ambidextres et on trouve plus de gauchers.
  • Leur fonctionnement émotionnel et mental est très particulier, les analyses sont à la fois globales et détaillées, le tout étant quasi-immédiat. En back-office cérébral, tous les éléments et les trajectoires possibles d’une situation sont explorés en parallèle, avec des projections et des spéculations, dûment évaluées.
    D’après mes recherches, ils sont capables de mobiliser, en alternance, selon leurs besoins un processus mental ressenti comme arborescent ou plus séquentiel.
  • Ces personnes proposent donc souvent des solutions créatives et avant-gardistes rapidement, sans en avoir forcément conscience (notamment les femmes). En effet, parfois, la vitesse de traitement est tellement élevée qu’elle ne permet pas de détailler les étapes intermédiaires de pensée. Elles savent et c’est tout !
  • Ils apprécient de partir dans les 1000 directions de leur mental à la fois, plus encore que les HP. Ils font des passerelles entre les thématiques.
  • Leurs analyses semblent d’une grande simplicité alors qu’elles sont, au contraire, le fruit d’une exploration intense, suivie d’une élaboration de pensée profonde et souvent innovante. La pertinence de leurs propositions n’est pas forcément saisie par l’entourage et plus souvent prise pour de la candeur (notamment chez les femmes THP).
    Cela demande donc à ces profils un vrai mental de pionnier et de la persévérance pour mener à bien leurs projets. En contrepartie, ils présentent généralement une grande humilité car ils envisagent facilement qu’on ne peut jamais tout savoir, encore moins avec certitude.
  • Ils ont un grand sens de l’équité et de la justice, sans doute d’autant plus exacerbé selon leur vécu d’enfance.
  • Ils aiment transmettre leurs connaissances. En ce sens, ils se distinguent de celles et ceux qui cherchent surtout à briller intellectuellement, HP ou non.
  • Leur structure de langage, écrit et oral, est dense et minimaliste. Ils pensent tout ce qu’ils disent, utilisant les mots avec précision.
  • Ils sont avides de lecture, de documentaires, de podcasts… qu’ils écoutent fréquemment en vitesse accélérée ( x 1.5 ou 2), faisant parfois autre chose en parallèle.
  • Ils ont une facilité étonnante à gérer l’incertitude ou la réalité, même désagréable, même anxiogène, avec une vue d’ensemble à 360°, voire en 4 dimensions.
  • Ils peuvent se dissocier « momentanément » dans les contextes d’urgence, tout en ayant conscience de le faire (notamment s’ils ont travaillé sur eux).
  • Dotés d’une bonne empathie, à la fois émotionnelle et cognitive, les THP sont touchés par tout ce qui les entoure et capables de saisir les moindres petits détails.
  • Ils ne regardent pas toujours leurs interlocuteurs dans les yeux, afin d’éviter d’avoir accès à trop d’informations, à l’instar de certains autistes.
  • Ils saisissent tous les contours d’une personne ou d’une relation en quelques minutes. Leur détecteur d’incohérences est très affuté, ce sont de véritables « profilers ». Ils captent tous les potentiels d’une personne autant que ses failles. Mais ce détecteur fonctionne moins bien quand ils sont impliqués émotionnellement. Et surtout, ils sont animés en contrepartie d’une bienveillance et d’une ouverture d’esprit qui les poussent à respecter autrui.
  • On ne peut pas leur mentir même s’ils peuvent se voiler la face un temps (quand ils aiment ou doutent de leur intuition et/ou de leurs capacités intellectuelles). Mais ils finissent toujours par ouvrir les yeux et acceptent alors de voir la vérité en face.
  • Ils savent généralement très bien comment réagir en cas d’agression extérieure pour remettre à sa place l’agresseur ou pour composer avec les jeux de pouvoirs, à moins d’un blocage en matière de gestion de conflit (en lien généralement avec des blessures d’enfance). Mais ils choisissent de le faire ou non, en conscience, selon les enjeux.
  • On observe que plus le QI est élevé, plus les THP sont gentils. Ils présentent cette humilité étonnante, qui peut leur jouer des tours. Ils sont volontiers pris pour naïfs, (les femmes surtout), ce qui participe aux difficultés de détection de leur neuroparticularité.
  • Ils peuvent être d’excellents médiateurs, des soignants empathiques et de vrais caméléons, capables de s’adapter dans toutes les situations.
  • Ils ont ce potentiel de résilience hors norme, que Fabrice Micheau compare à celui du phénix, capable de renaître de ses cendres. Ils apprennent de leurs erreurs, métabolisant les leçons apprises de l’expérience pour les intégrer définitivement à leur fonctionnement, selon un processus transformationnel exceptionnel. Les THP parviennent ainsi souvent à se défaire d’une addiction ou à surmonter un traumatisme, seuls.
    Ils ont d’ailleurs souvent du mal à trouver des thérapeutes qui puissent les aider pleinement (ils ont souvent plusieurs longueurs d’avance sur leur interlocuteur, attendant parfois plusieurs séances avant de pouvoir explorer le sujet qui les préoccupe). Pour autant, une aide extérieure reste utile, ne serait-ce que pour leur servir de neurones miroirs.

LES THP (QUI S’IGNORENT) EN SOCIÉTÉ

  • Ces profils peuvent être très directs et francs avec leur entourage ou au travail, verbalisant tout ce qu’ils voient ou sentent. Ils pensent ainsi aider les autres, comme ils aimeraient qu’on le fasse pour eux. 
    La vérité ne les dérange pas, à l’inverse du mensonge qui les hérisse. Ils ne réalisent pas toujours que leurs interlocuteurs n’ont pas les mêmes attentes et que cette franchise peut les heurter.
  • Quand ils ne distinguent pas intuitivement ce qui se dit et ce qui doit rester sous silence, ils dérangent et servent régulièrement de disjoncteurs dans les groupes ou au travail (risque de harcèlement et de burn-out), ce qui les abîme.
  • Ces profils accordent généralement une attention particulière à la réciprocité dans les relations. Ils sont convaincus que la complémentarité offre bien plus de richesse que la compétition. Cette posture peut être exacerbée par leur vécu d’enfance.
  • Ils génèrent facilement de la méfiance, de la jalousie ou des rivalités, les femmes notamment, sans comprendre pourquoi, du moins tant qu’ils ne connaissent pas leur THP.
  • Au niveau émotionnel, les femmes plus particulièrement peuvent connaître des cycles émotionnels intenses, de type « up and down » (parfois dans la même journée), et de grandes variations hormonales qu’elles ressentent profondément.
    Ces cycles peuvent conduire à des diagnostics de type troubles anxieux, dépression, bipolarité, borderline, paranoïa. Beaucoup d’autistes évoquent la même méprise dans leur parcours. Si les comorbidités sont possibles, avant d’arriver à de tels diagnostics, il est important de prendre en compte le fonctionnement neurocognitif et émotionnel ainsi que les stratégies de résilience mobilisées.

In fine, les THP semblent démontrer à la fois des caractéristiques relevant du haut potentiel, de l’hypersensibilité, du TDAH et présentant certains traits autistiques. Ils me font penser à des profils quadruplement exceptionnels (4e). L’ensemble de ces aspects sont explorés dans mon bilan multi-neuroatypique et bien d’autres encore.

Pour conclure, 2 citations me semblent bien résumer la posture des THP.

« Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. » Confucius

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. » Nicolas Boileau.