Bilans pour profils atypiques, hypersensibles, hypersensoriels, haut potentiel, avec TDA-H, TSA, DYS

BLESSURES DE L’ENFANCE

Et incidences possibles

Dans notre société occidentale, un enfant a besoin de sécurité, de stabilité et de soutien pour se développer au niveau physiologique, émotionnel, intellectuel et social. Il a également besoin de tisser un lien d’appartenance serein, tout d’abord avec sa famille, puis progressivement avec ses pairs. L’ensemble de ces facteurs lui permet de construire son estime et sa confiance en lui, de se projeter dans l’avenir et de contribuer à la société.

Même si l’enfant a sa part à jouer, le rôle des parents et des adultes de l’entourage est déterminant dans cette construction. Or, la parentalité est un rôle difficile.
Malgré les nombreux supports produits de nos jours pour donner des clés, les parents contemporains sont, en réalité, peu préparés à ce qui les attend à la naissance de leur enfant. 
En parallèle, ils courent de plus en plus après le temps et se retrouvent bien souvent isolés pour remplir ce nouveau rôle tandis que des injonctions sociétales les assomment d’exigences inatteignables. 
Enfin, ils sont eux-mêmes parfois (souvent?) en proie à leurs propres blessures d’enfance.

Selon leur personnalité et leur histoire, certains parents réussissent ce pari (fou ?) d’être « suffisamment bons ». Ils offrent ainsi la possibilité à leur progéniture de devenir un adulte capable de s’épanouir globalement dans sa vie amicale, amoureuse, professionnelle et citoyenne. Même si des blessures se sont creusées (inévitablement) dans leurs enfance, ces humains « suffisamment étayés » sont outillés pour y faire face et les dépasser.  
Pour les parents ayant eux-mêmes souffert de carences parentales (voire transgénérationnelles), la tâche est plus compliquée. Les épreuves vécues petit génèrent des stratégies adaptatives, la plupart du temps très inconscientes, qui ont des répercussions sur leur vie d’adultes, tant qu’elles ne sont pas reconnues et prises en charge pour ce qu’elles sont. Elles se répercutent sur leur parentalité.
L’idée ici n’est sûrement pas de culpabiliser ces mères et ces pères, qui font du mieux qu’ils peuvent (en dehors de personnalités toxiques). Il est plutôt question de l’isolement de ces femmes et de ces hommes, du manque de soutien social qui changerait la donne. Des études démontrent néanmoins que leur tristesse, leur stress, leur anxiété, leur peur, leur colère, leur culpabilité (y compris larvé..e.s)… Leur mal-être en somme constitue un environnement propice au développement de stratégies adaptatives chez le foetus et l’enfant.

De quelles épreuves d’enfance parle-t-on ? Quelles sont leurs conséquences possibles ?

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BLESSURES DE L’ENFANCE

D’après mes recherches, 6 facteurs majeurs entravent l’enfance durablement :

  • Un déracinement et/ou des déménagements à répétition
  • Un problème de santé touchant l’un de ses parents ou un membre de la fratrie : maladie lourde, handicap, dépression, addiction… 
  • Le contact de la mort vécu précocément, via un risque d’accident grave, par exemple, pour soi ou un proche ou suite à une maladie longue ou un contexte dépressif lourd.
  • Une cassure familiale (séparation des parents, rupture de liens…) avec un conflit de loyauté entretenu chez l’enfant
  • Un sentiment d’insécurité latente qui peut découler d’une expérience dans un pays en guerre… mais, à une moindre échelle, elle peut également provenir de problèmes financiers, sociaux, culturels, relationnels (comme du harcèlement répété)…
    Plus discrètement encore, l’insécurité peut être issue d’exigences familiales (même inconscientes) de performance, de réussite (là où les parents ont échoué ou parce qu’ils se sont sacrifiés…) ou de comparaisons dans la fratrie.
    Elle peut également trouver racine chez des parents centrés sur eux-mêmes, sur leur couple, sur le jugement social. La sensation de mal-être peut être d’autant plus forte quand le regard extérieur occupe une place primordiale pour les proches, donnée qui est transmise à l’enfant.
    Les parents font naturellement comme ils peuvent, simplement qu’en est-il du désarroi, de la sensation de solitude de l’enfant à ces moments-là ? S’exprime-t-elle ? Quand ? Comment ?
  • Une démission parentale évidente qui peut se traduire par de l’abandon, des violences physiques, sexuelles (qui peuvent au moins relever d’une ambiance générale) ou plus insidieusement psychologiques, voire par un déni d’existence pernicieux.

Certains de ces facteurs peuvent malheureusement se superposer dans le temps, voire s’entremêler et se renouveler à l’âge adulte. En effet, des études ont démontré que le risque de surtraumatisation est accru chez les enfants victimes de traumatismes jeunes.
En l’absence d’un référent adulte soutenant, voire enveloppant, ou d’une prise en charge adaptée, ce contexte génère des expériences qui – quand elles se répètent trop souvent et sans prise en charge adaptée – conduisent à des liens d’attachement particuliers (notamment ambivalents, parfois fusionnels ou évitants), un stress post-traumatique complexe et des biais cognitifs spécifiques. 

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MECANISMES PSYCHOTRAUMATIQUES

Le psychotraumatisme trouve sa source dans un événement inattendu, humiliant, incompréhensible, dégradant et/ou injuste, ayant pour but la soumission, et face auquel la victime se sent impuissante. Unique ou répété, accidentel ou intentionnel, physique ou psychologique, il déclenche une peur et un stress intense, accompagnés d’un risque vital, mental ou cardiaque, pour l’organisme.

En réaction, le cerveau crée une dérivation pour basculer en « mode automatique de survie« . Les émotions sont bloquées tandis qu’un processus physiologique se met en oeuvre pour permettre d’agir. Un sentiment d’irréalité – la dissociation – se développe : la victime se regarde en train de faire.

Au niveau cérébral, le système limbique – composé notamment du thalamus, de l’hippocampe, de l’amygdale et du cortex – est chargé de la gestion des émotions et de son traitement mémoriel. Le thalamus capte – via les yeux, les oreilles, le nez et la peau (voire des sens internes) – les stimuli, et les transmet, à travers deux circuits : la « voie basse » vers l’amygdale pour une réaction rapide, et la « voie haute » vers les lobes frontaux, dans le cortex, pour une prise en charge plus lente.

Face à un danger, l’amygdale s’active immédiatement et déclenche instinctivement les réactions de défense et les changements physiologiques appropriés (immobilisation, fuite, riposte), tandis qu’elle stocke la mémoire implicite émotionnelle inconsciente. En parallèle, de l’adrénaline est libérée pour augmenter la pression artérielle et la fréquence respiratoire.

Sur un temps de réaction plus lent, les informations sont transmises au cortex afin qu’il analyse la situation et la transforme en un nouvel appren- tissage, après l’avoir comparée à la liste des souvenirs et expériences engrangés dans l’hippocampe. Cela permet de réguler l’activation de l’amygdale. Les actions qui en découlent sont ainsi plus réfléchies.
Quand le comportement mis en œuvre pour dépasser le danger (fuite, combat) semble efficace (pour le cerveau), il permet ensuite d’éteindre l’amygdale, tandis que la mémoire émotionnelle de l’événement est transformée en mémoire explicite réutilisable, via l’hippocampe.

Dans le cas contraire, lors d’une situation rappelant le traumatisme, l’hémisphère gauche se désactive au profit de l’hémisphère droit qui a laissé un engramme des souvenirs sensoriels, voire des figements corporels.
L’aire de Broca – l’un des centres de la parole, situé dans l’hémisphère gauche – peut se bloquer chaque fois qu’un flash-back surgit, inhibant la possibilité d’exprimer ses ressentis et ses pensées intimes. Lorsqu’elle s’en souvient, la victime peut relater l’événement avec distance.
Ce souvenir ne pouvant être « classé », son cortex se transforme en « tour de guet » surinvestie (hypervigilance). Les sons, odeurs, mots, gestes et autres réminiscences rappelant l’événement redéclenchent les mêmes réactions d’urgence. Ainsi, elle peut sursauter au moindre bruit, se raidir en cas de contact, gérer avec peine les frustrations. Son sommeil est également de mauvaise qualité, entrecoupé d’insomnies, de cauchemars, et de contractures musculaires importantes au réveil.

Cet état d’alerte permanent l’épuise. Peu à peu, la victime met donc en œuvre des stratégies de fuite ou d’évitement et cherche à s’anesthésier émotionnellement, souvent via des conduites addictives, du sport à outrance…. Elle peut aussi développer parfois des troubles obsessionnels compulsifs (TOC) ou s’isoler socialement.

Dans le cas de traumatismes chroniques, notamment d’ordre intrafamiliale, pour survivre, la victime apprend à composer avec la souffrance. Selon les mécanismes entremêlés du syndrome de Stockholm et d’une drogue, son cerveau développe un nouvel équilibre chimique lui permettant d’éprouver une sensation de bien-être pendant les situations de maltraitance.
Cette compulsion, dite « de répétition », génère des comportements impulsifs, autodestructeurs ou de mise en danger pour parvenir à lâcher prise.
Elle induit aussi une propension à s’entourer plus facilement de personnes et de situations nocives, propices à induire les mêmes mécanismes. En effet, d’une certaine manière, ce type de relation rassure plus la victime qui se retrouve en terrain connu, alors qu’elle ignore les « dessous » d’une relation plus épanouissante. Une belle relation peut même l’angoisser inconsciemment, par crainte de la voir s’interrompre sans raison – ce qu’elle ne supporterait pas.

L’ensemble de ces symptômes décrivent un trouble du stress post-traumatique (TSPT). Il est souvent méconnu.

Non pris en charge de manière adapté, l’organisme s’épuise et manifeste de plus en plus de symptômes comme des tensions, migraines, respirations d’urgence, problèmes de poids, de peau, d’attention, de mémoire, d’imagination, voire une fibromyalgie ou des maladies auto-immunes, générant une vision de plus en plus pessimiste de soi et de l’avenir.
Décorrélés les uns des autres, ces symptômes conduisent régulièrement à des diagnostics incomplets ou erronés (dépression, personnalité limite, paranoïa, bipolarité, trouble du spectre de l’autisme…), qui ne permettent pas une prise en charge adéquate.

L’expression de ces symptômes varie naturellement d’une personne à l’autre, en fonction du vécu, du contexte, de l’intervention de référents adultes ou de professionnel.le.s spécialistes des traumatismes rapidement, de capacités cognitives et de résilience spécifiques ainsi que bien d’autres facteurs.

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FAUX-SELF INVASIF

On doit ce concept à Donald Winnicott, pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique.
Pour faire simple, le « vrai self » représente l’image réaliste qu’une personne se fait d’elle-même, concordante avec ce qu’elle perçoit à travers les réactions extérieures.
Le « faux self » symbolise une carapace psychologique sociale que le sujet développe pour protéger le « vrai self » et s’adapter néanmoins à une ou des situations vécues comme anormales et contraignantes.

Nous présentons toutes et tous un certain niveau de faux-self, nécessaire aux interactions sociales. Mais dans certains cas (traumatismes), le faux self finit progressivement par prendre toute la place.
À force de privilégier en permanence les attentes d’autrui, une personne en faux-self invasif finit par ne plus savoir qui elle est au fond, quels sont ses besoins, ses envies, ses limites – physiologiques, comme émotionnelles ou intellectuelles – ni comment les formuler.
Ce mécanisme s’accompagne d’un besoin de contrôle intense, d’un grand perfectionnisme (parfois associé à de l’anxiété de performance ou de l’auto-sabotage), éventuellement d’une « fuite en avant » la poussant à multiplier les projets et parfois d’un conflit de loyauté familial complexe.

En effet, le faux self invasif découle bien souvent d’un événement traumatisant ou d’une enfance ayant manqué d’étayage et de sécurité parentale.
Il s’appuie sur un déficit d’estime et/ou de confiance en soi. Il aboutit souvent à une dissociation et s’accompagne d’une méfiance naturelle vis-à-vis d’autrui, d’un fort sentiment d’imposture (plus ou moins larvé) et/ou d’un complexe du sauveur. Le sujet prend donc l’habitude de tout gérer, sans demander de l’aide.

Ces éléments, associés à un tempérament conciliant, en font une proie de choix pour le harcèlement et les manipulations en tous genres. L’instinct (muselé) du sujet l’alerte bien de certaines situations mais le mental prend le relais pour rationaliser, voire s’attribuer les motifs des agissements extérieurs.

Que faire pour s’en sortir ?

  • Comprendre ces mécanismes et apprendre à accueillir corporellement ses émotions et besoins, au moment où ils sont ressentis, permet de retrouver son potentiel intuitif.
  • Assumer ses talents ainsi que sa légitimité à fonctionner différemment de la majorité contribue également à se défaire du faux self.
  • S’essayer à demander de l’aide et savoir essuyer un refus éventuel guérit aussi certaines blessures.
  • Circonscrire son niveau d’exigence en intégrant les dimensions temps et contexte est un bon allié pour éviter le burn-out.
  • Apprendre à demander de l’aide et savoir essuyer/formuler un refus (sans se remettre en cause) facilite le respect de ses propres besoins. On peut s’appuyer sur des techniques assertives et de communication non violente pour y parvenir.
  • Enfin, pratiquer du yoga, du pilates, de la méditation favorise l’ancrage dans le corps. Quant aux sports de combat ou d’auto-défense féministe, ils permettent de développer d’autres réactions défensives dans les situations de conflit. Les bénéfices sont multiples.

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SYNDROME DU SAUVEUR

Quand aider ou faire plaisir à l’autre est le moteur de la relation

Ce syndrome implique la connexion avec un « sujet » pour lequel on devient « verbe », afin de l’aider à réagir efficacement face à un événement ou à une personne, jugé∙e « bourreau » (triangle de Karpman).
Si la relation offre, au départ, une connivence fusionnelle de part et d’autre (qui permet au fond de lutter contre la peur du rejet ou de l’abandon), les situations de sauvetage aboutissent inévitablement à des revirements de posture, voire un coup de théâtre – souvent au moment d’assumer les conséquences de ses actes – induisant un changement rapide et imprévu des rôles de chacun, (la victime devenant bourreau ou sauveur), accompagné d’un ressenti amer.

Dans ce mécanisme, un.e « sauveur.se » vit, par projection sur l’autre, son besoin inconscient d’être sauvé.e, qu’il ou elle ne peut pas s’autoriser à formuler, généralement par loyauté mêlée de culpabilité inconscientes en lien avec des événements de son enfance.
On constate souvent que plus jeune, ces sauveurs se sont sentis insécurisés au point de ressentir une angoisse mortifère qui les ont poussés à « sauver l’autre – un parent, généralement – pour se sauver eux-même ». De ce fait, ils ont développé une grande capacité à capter les attentes extérieures (par de multiples biais) et une forte compassion pour les souffrances d’autrui.
Ce fonctionnement est initialement salvateur car il aide la victime (par exemple un enfant impuissant à changer son contexte) à refouler ses besoins propres (sans trop souffrir de frustration en permanence) et pouvoir fonctionner au quotidien (en apparence) malgré tout. Mais, en grandissant, privées du processus d’individuation, ces personnes devenues sauveuses trouvent leur raison d’être dans le bien-être d’autrui.
Tant que les injonctions inconscientes et les besoins réels de l’adulte sont en phase, cela ne pose pas forcément de problème et en font même d’excellents soignants. Mais quand un écartèlement contradictoire se creuse entre les deux, cela génère un mal-être grandissant, un sentiment d’imposture et une colère refoulée. Cette dernière se traduit parfois par une tristesse latente contre une forme de négation d’être.

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L’ensemble de ces mécanismes et stratégies adaptatives parlent avant tout des obstacles qu’ont pu rencontrer les personnes dans leur parcours, ainsi que du courage et de la résilience dont elles ont su faire preuve alors pour survivre.
Une part d’elles en a un peu conscience (le mental) mais sans que la démarche soit pleinement intégrer au niveau corps et coeur.
Mes bilans sont une manière de démarrer ce processus.