Les haut potentiels (HP) ont le sens de la vision très aiguisé : ils sont très observateurs. Cette faculté, associée à un fonctionnement cérébral singulier, leur permet d’intégrer un ensemble de données multiples – informatives ou d’ordre psychologique ou corporel – en très peu de temps. Cela fait souvent d’eux des bilingues en langage non verbal.
Ils traitent ensuite toutes ces données, à très grande vitesse (sans en avoir conscience), selon un mode mental ressenti comme arborescent ou plus séquentiel. Le tout les conduit à des analyses globales fulgurantes sans qu’ils aient forcément conscience des étapes de réflexion impliquées.
In fine, leur cerveau travaille toujours en bruit de fond, stimulé par un besoin intense d’analyse et de compréhension, qui peut leur donner la sensation de ne pas avoir de bouton » off » mental.
Comme ils naissent et grandissent avec leur cerveau, ils n’ont pas forcément conscience de » penser » différemment de la majorité des gens. Non détectés, ils se sentent surtout en décalage avec les autres, même s’ils ne le montrent pas toujours.
TRAITS DISTINCTIFS HP
De nombreux professionnels proposent des éclairages intéressants pour mieux cerner les caractéristiques de la douance. Voici une synthèse de mes explorations.

Les HP sont des personnes :
- sensibles, sans être forcément émotives.
- capables de produire une analyse rapide d’une situation, d’une organisation, d’un individu.
- dotées d’un détecteur d’incohérences affuté.
- avec un niveau élevé d’exigence personnelle, qu’elles peuvent parfois manifester aussi vis-à-vis de leur entourage. Il peut conduire à une anxiété de performance.
- curieuses par nature, elles cherchent à comprendre les choses, avec une soif d’apprentissage bien spécifique, qui peut se manifester par la multiplication de formations ou un potentiel d’apprentissage en autodidacte, par essai-erreur, observation-reproduction ou via des lectures ou tutoriaux (présence probable d’un TDAH en parallèle dans ce cas).
- en quête d’efficience, trouvant des solutions efficaces pour régler les problèmes.
- en questionnement existentiel permanent, avec ce besoin de faire sens.
- mobilisent facilement un processus de distanciation : elles sont capables d’être dans une interaction et, en même temps, de se voir agir et parler, s’analysant en train de faire et ajustant leur propos ou comportements en conséquence.
- De ce fait, elles ont généralement de bonnes facultés d’introspection.
Ces traits s’expriment différemment selon chaque personne. Avec un passé difficile ou en présence de » dysficultés » et/ ou d’un TDA-H et/ou TSA, leur haut potentiel passe bien souvent inaperçu car il est en bonne partie utilisé pour développer des stratégies adaptatives pour surmonter les difficultés.

ABSENCE DE BOUTON-OFF MENTAL
Les HP recherchent souvent des stratégies pour mettre leur cerveau en pause. Ils s’immergent dans des séries, des livres, des jeux vidéos, des exercices de logique ou d’observation (2048, Sudoku, Scrabble, mots croisés, puzzle), ou se donnent à fond dans un sport. Ils peuvent aussi s’investir dans leur travail jusqu’à taquiner le burn-out…
A moins qu’ils ne versent dans les dérivés favorisant le lâcher-prise (alimentation, alcool, cannabis, conduites à risques…). Quand la tendance verse dans l’extrême, elle est généralement en lien avec un mal-être et/ou un vide à combler (en lien souvent avec des blessures l’enfance).
Mais entre leurs bonnes capacités d’introspection et de distanciation, les HP ont également plus de facilités pour prendre conscience des enjeux psychiques cachés afin d’éviter de sombrer définitivement dans les comportements autodestructeurs.
TEST WAIS – WISC
Aujourd’hui, la douance s’identifie officiellement sur la base d’un entretien, suivi d’une évaluation psychométrique : le WISC pour les enfants et la WAIS après 17 ans. Il s’agit d’une mesure indirecte, réalisée à un instant t, basée sur un étalonnage comparatif.
Les tests durent entre 1H30 et 3H selon les personnes. Ils se décomposent en 10 subtests, accompagnés parfois de 5 tests complémentaires. Le test explore 4 indices :

- ICV (Compréhension Verbale) : connaissances générales,vocabulaire, familles de mots
- IMT (Mémoire de Travail) : mémoire des chiffres et calcul mental
- IRP (Raisonnement Perceptif) chronométré: cubes, matrices et puzzles visuels
- IVT (Vitesse de Traitement) chronométré : codes et symboles à compléter sur une grille.
La restitution a habituellement lieu dans les semaines qui suivent, ce qui peut sembler une éternité pour certains.
Le résultat est présenté sous la forme d’un QIT (Quotient intellectuel total) ou QI global, qui s’obtient par un calcul spécifique. Il ne s’agit pas d’une moyenne.
A partir de 130 de QI selon l’échelle de Wechsler (120 selon certaines écoles de pensée), le sujet est reconnu haut potentiel intellectuel (HPI), à partir de 145, le profil est reconnu très haut potentiel (THP).
Les différents indices n’ont pas le même « poids » dans ce calcul statistique. Les items de compréhension verbale et deraisonnement perceptif notamment comptent tout particulièrement.
Chez ces profils dits doublement exceptionnels, les tests demandent une véritable expertise pour être analysés correctement. En effet, le résultat du test étant plus souvent hétérogène, ces sujets peuvent s’entendre dire qu’ils ne sont pas haut potentiels, ce qui n’est pas forcément le cas.
Les spécialistes avertis tiennent compte de ces différents facteurs avant et pendant la passation. En s’appuyant sur un calcul alternatif : l’IAG (Indice d’Aptitude Générale), obtenu sur la base de certains subtests de l’ICV+IRP, ils peuvent ainsi nuancer leurs conclusions. La connaissance de ce calcul alternatif et des profils HP hétérogènes est donc un bon indicateur du niveau d’expertise des professionnels en matière de WAIS/WISC.
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EXPLORER SON HAUT POTENTIEL EST UNE DÉMARCHE COURAGEUSE
Passer la WAIS est pour beaucoup de HP une étape éprouvante. C’est d’autant plus vrai lorsque le parcours scolaire et professionnel n’est pas linéaire. En effet, la réponse possible à tant d’errements rend les enjeux lourds à gérer psychologiquement.
Quant au chronomètre et au regard extérieur posé sur soi, ils sont souvent générateurs de stress et d’angoisse (souvent d’ordre post-traumatique scolaire) pour les profils les plus sensibles (généralement en lien avec un TDAH ou un TSA camouflé).
Le cerveau reptilien prend alors les commandes et peut inhiber les capacités intellectuelles du sujet, quand il n’autosabote pas le test, pour se donner le sentiment d’avoir le contrôle sur le résultat. Faire une séance d’hypnose, en amont de la passation, aide bien dans ces cas-là.
Dans tous les cas, cette démarche suppose de dépasser l’image d’Epinal du « surdoué » à qui tout réussit, doté d’une répartie fulgurante, avec une mémoire incroyable et une grande capacité d’abstraction scientifique. Elle est parfois inconsciemment très ancrée. C’est effectivement le cas de certains sujets… mais est-ce seulement ça l’intelligence au fond ?
On peut aussi avoir en tête que ce test n’a pas été conçu initialement pour identifier la douance. En effet, à la demande de l’Education nationale française, le psychologue Alfred Binet et le psychiatre Théodore Simon ont élaboré en 1904 une échelle métrique de l’intelligence, ou échelle de Binet-Simon, avec en ligne de mire le potentiel d’apprentissage.
Ils ont procédé par recherche empirique, en comparant le degré de connaissances et de développement intellectuel de centaines d’élèves de 3 à 13 ans. Ce test a par la suite été repris et amendé par de nombreux homologues internationaux.
Ainsi, on peut obtenir un QI > 130 sans pour autant présenter les traits distinctifs du haut potentiel. Dans ces cas-là, la pensée est généralement séquentielle. Le sujet a de bonnes facultés intellectuelles, sans présenter les autres particularités HP. Fabrice Micheau est celui qui parle le mieux de cet aspect à mon sens.
Tout l’enjeu est finalement de replacer ce mode de validation dans son contexte d’origine. La WAIS donne un bon aperçu de ses capacités cognitives (en termes de mémoire, de répartie, de vision dans l’espace, de culture générale et calcul mental, de mémoire de travail ) mais il ne mesure pas le potentiel émotionnel : la créativité, des talents pour la musique ou le sport, l’intelligence pratique, la capacité de résilience. Ces compétences sont pourtant particulièrement utiles au quotidien pour tous les humains. Quand elles sont pleinement investies par les HP, elles leur offrent de jolis dons. Et ces derniers compensent largement, de mon point de vue, les contraintes neuroatypiques.
En France la prévalence de HP dont le QI est supérieur ou égal à 130 est de 2,3%. Elle atteint 9%, si on baisse le curseur à 120 de QI.
La démarche de faire un bilan (WAIS ou autre) est finalement avant tout une envie de découverte de soi. Elle est précieuse et d’autant plus, quand elle est réalisée dès l’enfance (WISC alors), quand le champ des orientations scolaires et professionnelles est plus facilement ouvert. Pendant la passation, mon seul conseil est d’essayer de se défaire autant que possible du regard extérieur et de faire davantage confiance à son instinct (aux réponses qui viennent spontanément en tête) qu’à une démarche rationnelle très mentalisée.
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SE SAVOIR HP
Quand on découvre sa neuroparticularité, notamment tardivement, les réactions sont diverses. Certains profils comprennent simplement, de ce fait, les motifs de leur sentiment de décalage. Mais pour celles et ceux qui sont à 1000 lieux d’imaginer avoir un QI élevé, l’information a beaucoup plus de répercussions.
Certaines personnes sont d’ailleurs parfois tentées de jeter l’information aux oubliettes, refusant de s’envisager « particulièrement intelligentes » ou de s’enfermer sous une étiquette quelconque. Même si elles n’en ont pas forcément conscience, cette posture est un héritage de leur étayage parental et de leur vécu infantile.
En effet, la douance véhicule encore aujourd’hui un a priori fantasmé, relevant davantage du génie d’Einstein que de cette connexion cœur-corps-mental particulière. Cette notion questionne donc inévitablement leur rapport à l’intelligence, à la culture générale (qui relève plus de la mémoire que de l’intelligence), à la façon dont ils peuvent avoir été « catalogués » depuis l’enfance au niveau familial, au sens de l’effort, à la réussite scolaire et professionnelle ainsi qu’à la capacité à composer avec le regard extérieur.
En réalité, le haut potentiel ne définit pas une personne, pas plus que les autres neurodivergences, la couleur de sa peau ne devrait le faire… D’autres facteurs entrent en ligne de compte pour éclairer notre personnalité et l’habit social qui en découle : notre physiologie, notre genre, notre tempérament, notre environnement, nos relations familiales, nos expériences scolaires, amicales, amoureuses… jouent leur part.
En revanche, les neuroparticularités impulsent des différences de fonctionnements neuropsychologiques et donc physiologiques, émotionnels et comportementaux spécifiques. Ils se retrouvent dans des petits gestes du quotidien et dans nombre de malentendus interactionnels. Il est précieux de les connaître, afin de mieux se comprendre et comprendre le monde qui nous entoure.
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ET APRÈS ?
Une fois le cap passé, de nombreuses questions peuvent surgir : » Si j’avais su avant, qu’aurait-il pu se passer ? « ; » Je fais quoi de tout ça ? « ; » Au fond, est-ce que ma vie me convient vraiment ? « ; « A force de m’adapter, qui suis-je au fond ? »…
Toute la difficulté de la découverte de sa douance est de finir par l’intégrer au reste de sa vie, de son histoire, de sa personne, avec ces nouvelles lunettes de vue.
Au départ, le doute peut rôder encore pour certaines personnes : » Est-ce que je n’ai pas berné le test ? « ; » Si c’était vraiment ça, je n’aurais pas vécu cette vie-là ! « … Cela implique parfois un long travail d’introspection pour accueillir émotionnellement ce qui aurait pu être mais n’est pas. Cela peut concerner ses interactions familiales, amicales, amoureuses ou son parcours professionnel.
C’est pour répondre à l’ensemble de ces questionnements que j’ai conçu mon bilan. Il évacue les doutes et permet de faire des liens. Il donne des pistes concrètes pour savoir quoi faire de cette information. Il facilite le chemin d’introspection qui suit, avec les bonnes clés de lecture.
Car même si la démarche fait parfois un peu peur, explorer son haut potentiel offre de nombreux bénéfices. Après le moment de « turbulences émotionnelles », on prend conscience de ses talents, on comprend mieux ce qui se joue dans nos interactions et on gagne en authenticité. Libéré.e des injonctions sociales, on réalise qu’on peut explorer les pistes professionnelles et relationnelles qui nous conviennent vraiment… Un joli cadeau en soi !
