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Une culture zèbre ?

Lors d’échanges sur la douance avec des neurotypiques (NT), on m’a déjà rétorqué « qu’il était risqué d’enfermer tous les zèbres sous une même étiquette ». Je comprends cette réaction. Tout un chacun de nous est bien plus qu’un homme/une femme, le fils ou la fille de, la fonction professionnelle potentielle qu’il/elle occupe, l’habitant d’un lieu, le/la passionné(e) de… Notre tempérament, notre façon de penser et de vivre nos expériences interviennent aussi pour définir notre identité. Le haut-potentiel contribue par contre à la colorer.

Pour autant, certains comportements, des gènes ou des expériences sont souvent rapportés par les zèbres, au point de se questionner parfois sur une savane culturelle. S’ils peuvent permettre des ajustements et faciliter une intégration dans la société, n’est-il pas plus simple de les évoquer ?
Je m’explique : si notre interlocuteur est, par exemple, asthmatique, même si sa condition physique ne le définit pas, ne serait-il pas plus bienveillant de lui proposer de s’asseoir sur une chaise en bois plutôt que sur un fauteuil en tissus potentiellement allergène pour lui ? Et cette démarche est-elle vraiment coûteuse pour l’hôte ? Elle a, en tout cas, un impact immédiat sur le bien-être de l’asthmatique.
On peut faire le même parallèle avec une personne venant d’un autre pays qui parlerait néanmoins notre langue. Ne serait-il pas intéressant d’en savoir plus sur son mode de vie, sa culture… même s’il est également possible de deviser ensemble sur les dernières nouvelles en France ?

D’ailleurs dans la définition du dictionnaire, « Dans un groupe social, la culture est l’ensemble de signes caractéristiques du comportement de quelqu’un (langage, gestes, vêtements, etc.) qui le différencient de quelqu’un appartenant à un autre groupe social. »

Pour ma part, et c’est un parti pris très personnel, j’assimile donc un peu la zébritude à une colorisation culturelle socialement différente, à l’image d’un Breton ou d’un Corse, mais invisible, ce qui bien évidemment n’enlève en rien le plaisir de côtoyer de multiples autres cultures avec toutes ses richesses et ses différences.
* En effet, même si elle parle « Français » (en tout cas en France ;)), la zébritude (ou devrais-je dire la « zébriculture ») a presque un dialecte particulier, fait de mots qui peuvent parfois être un peu précieux, liés à la richesse du vocabulaire usité et à la palette émotionnelle exprimée. Elle peut respecter soigneusement les règles orthographiques et grammaticales, surtout si elle n’est pas gênée par un un Dys (lexique, orthographique…).
* Elle a aussi bien souvent  un humour assez spécifique, un peu pince-sans-rire et cynique, teinté de jeux de mots et autres calembours, avec deux ou trois niveaux d’interprétation parfois.
* Elle a  un rapport au son, à la lumière, aux odeurs, aux aliments et/ou aux textures très souvent démultiplié, ce qui fait percevoir les choses différemment, de manière plus intense jusqu’à pleurer devant un tableau ou un son particulier ; plisser les yeux lorsqu’un halogène s’allume ; avoir concrètement la nausée dans des lieux publics éclairés aux néons ou dans une parfumerie aux effluves multiples ; porter des vêtements hors du temps et de la mode, bien souvent fluides ou aux matières agréables pour ne pas entraver… Ce n’est pas le cas de tous les HP mais nombre d’entre eux sont sensibles d’un ou plusieurs sens.
* Enfin et surtout,  elle gère les interactions sociales et les règles différemment. Certains surdoués sont très respectueux des engagements, tenus quoiqu’il en coûte, des règles est inexorablement respectées dès lors qu’elles sont reconnues comme utiles et faisant sens,
* La vérité, la justice , l’exigence et/ou l’intégrité sont des valeurs souvent importantes même si elles sont appliquées par les zèbres de façon différente …

Bien sûr, chaque HP a ses particularités, ses perceptions, ses rayures, son identité qui font que deux zèbres ne se ressemblent pas. Mais il existe quand même quelques ressemblances qui permettent de nous identifier facilement pour peu qu’on y prête attention.
Au final, si cette « zébritude » ne me définit pas totalement, elle colore sacrément mon quotidien de petites anecdotes ou tracas, selon ma vision des choses et mon humeur du moment. Nous les connaissons entre HP, nous nous y adaptons tant bien que mal, ce qui rend des rencontres entre EIP plus faciles à gérer (triste constat!). Peut-être que si notre culture était mieux connue des NT, nous n’aurions plus à la vivre comme un handicap, une « anomalie » et des efforts constants d’adaptation mais comme de simples particularités et des forces qui peuvent être utiles à la société.

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