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Un livre sur les surdoués, éco-responsable

Impliquée professionnellement et personnellement dans une forte démarche environnementale depuis plusieurs années, j’ai longuement réfléchi à la question de la version numérique et/ou papier au moment de l’édition du livre sur les surdoués « Un caméléon (trop) sensible ».
En effet, après des années d’intervention en sensibilisation énergétique et éco-communication, j’ai acquis la conviction que la transition environnementale passe aussi, et peut-être avant tout, par la somme d’actions individuelles quotidiennes. Dans un pays développé du XXIe siècle, chacun fait comme il veut et peut, à la hauteur de ses moyens et de son contexte. Pourtant, réunies, ces gouttes peuvent former des rivières, des fleuves, puis des océans.
C’est donc assez naturellement que j’ai mis en œuvre mon expertise en la matière, à l’échelle de l’édition de ce livre, sans pour autant le préciser. Mes discussions avec Julie et Meryl de Gaïa coffeehouse m’ont encouragée à communiquer sur ce sujet. 
Voici donc l’ensemble de la démarche d’un livre éco-responsable !

L’empreinte carbone d’un livre versus une liseuse

Actuellement l’option dématérialisée représente 7% des parts de marché en France, (mais 30% aux USA qui montrent souvent une tendance), 70% des utilisateurs passant par Amazon via le Kindle store. Pour le moment, les Français restent donc encore attachés à la version papier, lisant en moyenne 14 livres / an (étude BVA de 2016).
L’empreinte carbone d’un livre papier est de 1,3kg équivalent CO2 (7,5kg si on intègre l’ensemble de la chaine de production) tandis que celle d’une liseuse est de 130 à 235kg équivalent CO2 (selon les études). Si on fait une analyse globale en intégrant le cycle de vie des deux options, il faudrait 180 livres lus sur une même liseuse, sur 10 ans, sans changement de matériel, pour que cette dernière soit préférable d’un point de vue écologique (étude Carbone 4 et Cleantech). Le livre papier est donc préférable, ce qui n’est pas forcément intuitif. Dans le détail, plusieurs éléments sont à compiler :

L’ empreinte carbone concernant la version papier d’un livre :

  • 70% des impacts d’un livre sur l’environnement sont liés à la fabrication du papier (enquête de la maison d’édition Terre Vivante). Aujourd’hui, l’industrie du livre consomme 20M d’arbres / an (Ademe).
  • Il faut également prendre en compte les produits chimiques impliqués : colles, agents de résistance, colorants, blanchiment du papier… Ainsi que la consommation d’eau pour la pâte de papier et les encres.
  • L’emballage et le transport font partie de l’équation, des matières premières aux produits finis, à toutes les étapes, de la production du livre jusqu’à sa distribution finale.
  • Puis viennent aussi les consommations énergétiques (électricité, gaz, fuel…) sur l’ensemble du cycle.

L’ empreinte carbone pour la version ebook (Ipad, Kindle…) :

  • La fabrication requiert du plastique non recyclé, de l’eau, des matériaux chimiques et nécessite pour l’usage des batteries au lithium, compliquées à recycler.
  • Le transport et l’emballage sont également à noter ainsi que l’énergie impliquée sur tout le cycle. 
  • Quant à l’empreinte carbone du web, pour l’ensemble des transferts d’information, elle n’est pas des moindres. Si Internet était un pays, il serait le 3ème plus gros consommateur d’électricité au monde avec 1500 TWH par an, derrière la Chine et les Etats-Unis. Au total, le numérique consomme 10 à 15 % de l’électricité mondiale, soit l’équivalent de 100 réacteurs nucléaires. Et cette consommation double tous les 4 ans. (études menées par le chercheur Gerhard Fettweis)
  • Ainsi, la connexion, les requêtes et l’envoi d’e-mail de confirmation et/ou facturation pour l’achat d’un ebook passent par un datacenter, généralement situé aux USA. Il transite par des serveurs, des routeurs et des ordinateurs qui sont aussi consommateurs d’énergie. Aujourd’hui, ces datacenters consomment 4% de l’énergie totale produite dans le monde et nécessitent un refroidissement important des machines (négaWatt), qui requiert de l’eau, le prochain enjeu environnemental à venir.
  • Ramené à ce livre en particulier, le fichier représente 12 Mo. Envoyé par mail, c’est l’équivalent de 6km parcourus en voiture pour chaque livre.

La propriété intellectuelle

Pendant 2 ans, j’ai publié, bien volontiers, mes synthèses de livres et de projets de recherches sur un blog pour partager mes trouvailles et échanger sur les signes et caractéristiques du haut-potentiel avec d’autres zèbres.
Lorsque j’ai envisagé de devenir auteure, la question du financement de l’impression, donc de la monétisation et rentabilité du livre s’est alors posée. Son corollaire immédiat est la propriété intellectuelle. C’est une problématique à laquelle j’ai été confrontée sur certains projets en communication et dans l’architecture, où la frontière entre inspiration et pillage est parfois ténue, même inconsciemment.
Or je fais partie de ces surdoués qui sont tellement contents de faire travailler leurs méninges et d’être utiles à un projet que le rapport à la propriété et à la rémunération à tendance à être mis de côté. C’est pourtant une forme de reconnaissance parmi d’autres. L’expérience de ce livre m’a amené à travailler sur ce point.
Dans le cas de ce livre, il m’a fallu 8 mois, à raison de 8 à 12h par jour (parfois plus) pour le rédiger, l’illustrer, le mettre en page et l’imprimer, le tout nourri par 4 années de lecture et synthèse. Or il suffit d’1 minute pour transférer un pdf ou un ebook à plusieurs personnes en même temps. La version imprimée peut naturellement être prêtée, ce qui est souhaitable pour le cycle de vie du produit. C’est plutôt l’échelle de diffusion qui compte dans cette réflexion.
Dans un second temps, dans le cadre d’une réédition ou de compléments du livre, la version dématérialisée fait donc plus sens, en tout cas pour moi.

Le plaisir du livre entre les mains

En dehors de ces considérations, à titre personnel, j’aime toucher un livre, l’avoir en mains, le feuilleter et sentir son papier. J’apprécie aussi l’autonomie qu’il me procure car je peux l’emmener avec moi, le laisser trainer, revenir dessus ou encore le prêter, sans me préoccuper de son « niveau de batterie ».
A l’inverse, les lectures sur écran sont plus compliquées pour moi car elles provoquent à la longue une fatigue digitale, mais c’est une contrainte personnelle.

Sur la base de tous ces éléments, j’ai fait le choix d’une impression papier pour la première édition de ce livre. J’ai tenté de calculer au plus juste le nombre de haut-potentiel adultes que je pourrais toucher afin de réduire au maximum son empreinte carbone.

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Mais un livre éco-responsable, qu’est-ce que c’est ?

Il y a plusieurs critères qui entrent en ligne de compte, d’un point de vue graphique comme en impression, puis en promotion et distribution.

  • Il est graphiquement éco-conçu :

Cela implique un format sans recoupe de papier : A4 ou A5. J’ai privilégié le livre de poche pour en faciliter le transport (en approvisionnement et pour les lecteurs) mais au prix d’une taille de police plus petite. Cela suppose de bannir en création graphique les « bords perdus » qui offrent pourtant un bel effet.
J’ai également choisi une police bâton plutôt qu’à empattement pour le corps du texte car elle consomme moins d’encre. Pour faciliter la lisibilité et impulser la structuration des pages, j’ai néanmoins retenu une police impactante pour l’ensemble des titres.
Pour l’encrage, il n’y a pas d’aplat, les illustrations sont volontairement NON colorisées et seule une autre couleur vient rythmer l’ouvrage pour permettre une impression en 2 couleurs.
Au final, ces choix associés aux conseils de mon amie, Anne-Sophie, directrice artistique, offrent un rendu sobre qui me correspond par ailleurs. C’est une dimension importante car un document imprimé fonctionne mieux lorsqu’il représente l’intention de son auteur.

  • Concernant l’impression :

Pour la couverture comme pour l’intérieur, j’ai naturellement choisi des papiers recyclés (certifications PEFC et FSC).
J’ai également retenu un imprimeur certifié Imprim’vert© et local pour limiter le transport (APO), même si cela impliquait une marge moindre. L’aventure humaine a largement compensé ce choix car l’implication et la bienveillance de toute l’équipe d’APO m’a beaucoup aidée dans ma démarche.
Il n’y a pas eu de cartons d’emballage non plus, ce qui nécessite un soin plus important, mais néanmoins un blister par pack de 10,  pour le transport et stockage.

  • Pour la promotion du livre :

Epinglée par Greenpeace dans son rapport environnemental Clicking Clean, dans un premier temps, j’ai écarté la possibilité de le vendre sur Amazon. Mais vu le poids de cet acteur, cette décision avait trop d’impact sur la viabilité de mon activité d’auteure en matière de diffusion et de ventes mensuelles. En effet, pour de nombreux lecteurs potentiels, je reste une inconnue, auto-éditée. Amazon est alors plus rassurant, en termes de sécurité bancaire notamment. J’ai donc fini par sauter le pas.
J’ai aussi conçu un site internet proposant une vente en ligne via plateforme intégrée et j’organise une activité sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram et Linkedin) pour déployer ma notoriété. Ces démarches ont un impact sur l’empreinte carbone du livre. En effet, un réseau social comme Facebook représente 285 000 tonnes d’équivalent CO2 par an, soit 1/5e des émissions de Google et l’équivalent de l’empreinte annuelle de 23 750 français.

  • Pour la distribution du livre :

Je privilégie le format conférence-dédicace qui me permet de remettre le livre en main propre. Je propose également de me déplacer (à pieds) dans le centre de Lyon pour les acquéreurs lyonnais. J’ai, par ailleurs, la chance d’avoir « Un caméléon (trop) sensible » référencé dans 2 librairies lyonnaises Vivement dimanche (Lyon 4e) et Cadence (Lyon 5e). D’autres lieux sont en cours d’exploration. Je réalise néanmoins des envois postaux pour les ventes en ligne.

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En matière de développement durable, tout est finalement une question d’arbitrage, entre éco-conviction et qualité de vie. C’est un équilibre difficile, requestionné au quotidien, du mieux qu’on peut. Je me garderais donc bien de tout jugement en la matière.
Depuis le lancement du livre, je reçois d’ailleurs des sollicitations de plus en plus nombreuses pour une version virtuelle, notamment outre-Atlantique. Je mène actuellement une réflexion pour proposer une offre me permettant de compenser cette empreinte carbone particulière. A suivre !

Au plaisir d’échanger avec vous sur les réflexions et astuces que vous avez menés sur ce thème.

Sandrine

Pour aller plus loin :
L’ article de Consoglobe sur son empreinte carbone
L’ article RSE : Le livre papier, plus écolo que le livre numérique ?
L’ article de Greanpeace sur Internet et Amazon 
L’article de négaWatt via décrypter l’énergie
Le calculateur de l’empreinte carbone d’un courrier par La Poste 

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