Menu Fermer

Biais cognitifs : ces ennemis intérieurs

HP et autosaboteurs intérieurs

Dans le livre « A qui ferais-je de la peine si j’étais moi-même ? », Jacques Salomé décrit, avec des témoignages très parlants, certains de ces biais cognitifs qui prennent souvent les commandes de nos agissements, à notre insu.
Ces autosaboteurs, comme il les nomme, sont « des conduites et des comportements qui ne conviennent pas mais auxquels on tient, ou qui s’accrochent à nous, avec notre complicité ».
En lien avec nos blessures d’enfance, si bien décrites par Lise Bourbeau, ils parlent à la place de notre « petit enfant inquiet, notre adolescent révolté, notre adulte fragile ou notre expert implacable ». Ils rappellent ainsi, parfois bien inconsciemment, tous ces événements qui ont alors été vécues comme un manque : d’amour, d’attention, de confiance, d’espoir, de perspectives positives, de repères… Souvent bien argumentés, ils formulent des injonctions, des interdits, des règles de conduite érigées comme moyens de défense.
Pourtant, s’ils ont été utiles dans une situation donnée, dans l’enfance ou plus tard, leur cristallisation et leur répétition à l’âge adulte génèrent des comportements bien souvent contreproductifs. En effet, ces règles de conduite mentales ne nous permettent pas de réagir en intégrant ce que notre corps ou notre cœur ressentent, au risque de passer à côté de jolies expériences ou de les saboter.

Petit tour au royaume de ces ennemis intérieurs afin de les identifier et d’essayer de s’en défaire.

LE REJET
La blessure de rejet, induite par la peur de paniquer, s’est nouée dans l’enfance dans sa relation au parent du même sexe. Le masque mis en place pour s’en protéger est LA FUITE. Le(la) fuyant(e) est inquiet(e) du regard des autres. Il/elle évite donc les situations de conflit et se sent incompris(e). Angoissé(e) et souvent dans le déni, il (elle) est susceptible d’addictions. Perfectionniste, il (elle) ne croit pas au bonheur durable. Voici quelques schémas cognitifs qui en découlent :
 Ne pas savoir dire non à l’autre, se sacrifier, éviter les conflits pour ne pas se sentir rejeté(e), par crainte de faire de la peine.
 S’auto-justifier pour prévenir/maîtriser le jugement extérieur.
 Taire les tabous familiaux et croire qu’on préserve ainsi l’unité familiale.
 « Oui mais » : maintenir le plus longtemps possible toutes les alternatives pour ne pas affirmer sa position, par refus du conflit ouvert.
 Procrastiner pour retarder les conséquences d’une action/décision.
 Ne pas mettre en acte ce que l’on dit pour rester dans un champ des possibles.
 Rêver le succès mais craindre le regard des autres.
 Se contenter d’aimer l’autre sans oser explorer la réalité de la relation.
 Se croire incapable d’y arriver pour inciter au renoncement.
 Se convaincre qu’on pourrait changer si on le voulait vraiment…

L’ABANDON
La blessure d’abandon, induite par la peur de solitude, s’est nouée dans l’enfance dans sa relation au parent du sexe opposé. Le masque mis en place pour s’en protéger est LA DÉPENDANCE. Le(la) dépendant(e) se plie aux exigences des autres pour être aimé(e). Il (elle) a besoin de se rendre indispensable et vit mal les refus. Ses émotions en dents de scie le(la) plongent régulièrement dans la tristesse. Il (elle) craint l’autorité et la foule. Les comportements suivants sont alors récurrents :
 Chercher systématiquement l’approbation des autres, se laisser définir par les autres pour être mieux accepté(e).
 Fusionner avec l’autre par négation inconsciente de soi-même.
 Prendre en charge la vie des autres, se mettre à leur place, s’approprier la responsabilité de tous les événements pour ne pas courir de risque dans la sienne et se donner une légitimité d’être.
 Nouer et rester dans des relations énergivores.
 Se victimiser en permanence pour attirer le regard/soutien des autres.

L’INJUSTICE
La blessure d’injustice, induite par la peur de froideur, s’est nouée dans l’enfance dans sa relation au parent du même sexe. Le masque mis en place pour s’en protéger est LA RIGIDITÉ. Le/la rigide invente toutes les stratégies possibles pour contenir sa colère, notamment contre soi-même. Exigeant(e), il/elle cherche donc à être parfait, se coupe de ses émotions, se justifie régulièrement et cache sa sensibilité derrière un sourire. Il/elle demande rarement de l’aide et a du mal à se faire plaisir sans ressentir de la culpabilité. La petite voix intérieure suggère alors régulièrement de :
 Ne pas avoir d’envies pour ne pas être déçu(e).
 Se mettre à distance du réel pour se protéger des déceptions de la vie.
 Croire que nos pensées/nos actes (magiques) peuvent transformer la réalité.
 Se préparer à ce qu’on redoute le plus, voire le provoquer pour maîtriser plutôt que d’être confronté(e) à l’inconnu.
 Toujours penser à l’après sans s’ancrer dans le présent par peur de vivre ses émotions.
 Se carapacer émotionnellement pour ne pas revivre des événements traumatisants refoulés et par peur de ce qui pourrait arriver.
 S’auto-culpabiliser pour se protéger de son impuissance.
 Vivre dans l’inquiétude permanente par crainte du lâcher-prise, de l’ennui ou de ne pas se relever s’il arrivait quelque chose.
 Refuser de se dire pour mettre les autres à distance et se protéger.
 Ne pas s’autoriser à se sentir bien quand les autres vont mal.
 Préférer donner à recevoir pour ne pas se sentir redevable.
 Envisager l’amour comme une menace.

LA TRAHISON
La blessure de trahison, induite par la peur de séparation/reniement, s’est nouée dans l’enfance dans sa relation au parent du sexe opposé. Le masque mis en place pour s’en protéger est LE CONTRÔLE. Le/la contrôlant(e) a besoin de convaincre les autres de sa forte personnalité et d’être reconnu(e) pour ses performances, même s’il est souvent en proie inconsciemment au « Syndrome de l’imposteur ». Il/elle se confie peu et se coupe de ses vulnérabilités. Intransigeant(e), il/elle attend beaucoup des autres, à commencer par une sincérité absolue alors qu’il/elle lui arrive de mentir pour ne pas être pris(e) en défaut. Rancunier(e), il/elle peut mettre fin sans préavis à une relation jugée décevante. Il/elle planifie sans cesse et a du mal à vivre le moment présent. On retrouve alors souvent les autosaboteurs suivants :
 Garder le contrôle de la situation en toutes circonstances pour ne pas se faire avoir.
 Entretenir le ressentiment et garder un lien avec le passé par peur du présent.
 Ne voir que ce qu’on n’a pas, envier et se comparer aux autres car on ne se sent pas unique.
 Vouloir être compris implicitement pour ne pas se sentir dépendant.
 Vouloir avoir toujours raison/le dessus par craindre d’abandonner ou de désespérer.
 Imposer ses besoins aux autres pour se sentir exister.
 Prendre de force par peur de ne jamais recevoir.
 Mettre l’autre en échec pour éviter de se confronter à sa propre peur de ne pas y arriver.
 Se saboter pour rester dans le combat et se sentir vivant.
 Occuper l’espace par la parole pour remplir un vide intérieur ou préserver son intimité réelle.
 Ou alors bouder pour avoir le dernier mot.
 Envoyer des messages contradictoires verbaux et corporels pour garder le contrôle de la relation.
 Transgresser pour se donner l’impression qu’on reprend le contrôle et se sentir vivant.
 Ne rien jeter par peur de laisser de la place à quelque chose de plus grand.

Au final, cette petite voix intérieure, ancrée dans une peur passée, ne prend pas toujours soin de nous, qu’elle nous coupe de nous-mêmes ou nous fasse dépendre des autres qu’on connaît finalement imparfaitement.
Il n’est pas si facile que ça de s’accepter tel qu’on est, avec ce qu’on pense, ressent ou vit sincèrement. Mais c’est à cette seule condition qu’on peut éprouver la sérénité d’être et d’entrer en relations avec les autres. Un bénéfice immense qui mérite ce travail sur soi. Jacques Salomé offre une jolie formule pour le résumer : « Je suis responsable de ce que j’éprouve et de ce que je fais avec ce que je ressens. »

En écho à « La guérison des 5 blessures » de Lise Bourbeau, la psychologue Laetitia Bluteau recommande 3 stratégies pour apaiser cette voix :
Identifier cette voix et le contenu de son message lorsqu’elle se manifeste, éventuellement les noter systématiquement au départ.
Retourner le message l’envoyeur : l’injonction provient généralement d’une situation passée, vécue avec un proche. Prendre le temps d’évaluer si cette « consigne » est encore d’actualité, en phase avec ce que l’on pense en tant qu’adulte, libéré du regard d’autrui, permet bien souvent, de rendre le message à son propriétaire.
Développer de la compassion pour soi-même : s’encourager régulièrement à plus d’indulgence vis-à-vis de ses failles, un peu comme si on s’adressait avec bienveillance à quelqu’un auquel on tient, permet peu à peu d’apaiser cette voix intérieure.

S’affranchir de ces regards ou de ces étiquettes que nous nous approprions nous permet alors de nous défaire des attentes, des peurs ou des injonctions énergivores extérieures pour apprendre à se connaître et prendre soin de soi vraiment. On devient alors responsable de ce que l’on est, ce qui est à la fois un peu effrayant mais aussi tellement libératoire.
On peut alors garder une ultime injonction, celle de s’autoriser à expérimenter des choses, choisir, se tromper, tomber et apprendre de ses erreurs pour recommencer, toujours un peu mieux. Après tout, c’est ça vivre !?

Laisser un commentaire