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Obligation de moyens ou de résultats pour les HP ?

Ces dernières semaines, des démarches administratives, des missions professionnelles et des témoignages m’ont conduite à ce questionnement. Je me suis demandée dans quelles mesures le fonctionnement haut potentiel ne poussait pas plus naturellement vers une injonction personnelle de résultats ? Et si cette différence de posture n’était pas parfois à la source d’un certain mal-être pour les surdoués, au travail ou ailleurs?

Mais tout d’abord, précisons les deux notions telles que je les entends.

  • L’obligation de moyens consiste à mettre en œuvre tous les outils, les protocoles, les compétences et les connaissances à sa disposition pour atteindre un objectif donné.
  • L’obligation de résultats intègre l’obligation de moyens comme première étape dans la démarche. Mais elle inclut également l’analyse des personnes et du processus en cours, des probabilités de réussites et des correctifs éventuels à apporter pour atteindre le résultat attendu.

Dans une posture d’obligation de moyens, on a plus facilement le sentiment de bien faire sa mission, indépendamment des résultats que l’on obtient. Lors d’insuccès, on peut toujours mettre en cause un élément extérieur (manque d’outils, de supports, d’informations…) et passer à la suite.
Lorsqu’on est dans l’obligation de résultats, on s’approprie la mission, à titre personnel. On va alors mobiliser toute son ingéniosité pour identifier la source des problèmes éventuels, quitte à déroger au cadre établi et inventer des solutions alternatives pour atteindre le dénouement escompté, voire au-delà.  

Cette seconde posture est énergivore par bien des aspects. Elle implique un niveau d’exigence particulier, propre à de nombreux surdoués. Dans ce cas particulier, il est peut-être à mettre en regard du questionnement existentiel particulier des zèbres. En effet, très jeunes, ils comprennent intuitivement, et souvent inconsciemment, que les mécanismes sociaux de la majorité ne fonctionnent pas pour eux. Ils cherchent donc en eux les clés leur permettant de progresser. Sur ce sujet, je vous recommande le livre « Les surdoués et les autres », de Carlos Tinoco, Sandrine Gianola, Philippe Blasco qui donnent de nombreuses pistes d’éclairage. Il est donc plus naturel qu’ils s’impliquent plus intensément et personnellement lorsqu’un thème les motive.

Cette volonté de résultats suppose aussi de bousculer les habitudes et les occupations de territoire (au travail ou autres), donc d’accueillir les réactions extérieures et bien souvent les émotions et jugements qui vont avec. « Elle/il se prend pour qui celle/celui-là pour questionner ma façon de faire ? Si elle/il croit qu’elle/il va mieux y arriver que moi ! ». Selon son tempérament et son histoire de vie, ces réticences peuvent se transformer en moteur d’actions ou en découragement.

Pourtant, il n’y a bien souvent aucune malice ou mauvaise intention dans cette envie de passer par la fenêtre lorsque la porte est fermée. Car chez beaucoup de philo-cognitifs, le moteur principal de l’action trouve généralement sa source dans un bienfait pour le groupe, plus que pour soi-même. Tout au plus, Ils sont plutôt étonnés, notamment lorsqu’ils ignorent leur douance, que la majorité des gens n’adopte pas ce fonctionnement.

Ensuite, lorsqu’on performe, on peut être satisfait d’avoir atteint son objectif mais sans en tirer un sentiment de fierté particulière : « si j’ai réussi, c’est que ça ne devait pas être si compliqué que ça. ». Or ce manque d’auto-reconnaissance peut induire une spirale sans fin vers toujours plus d’efforts, au risque de burn-out. La contrepartie immédiate concerne la gestion de la frustration lorsqu’on ne parvient pas à atteindre son but, ce qui est moins aisé à traverser lorsqu’on l’a peu expérimenté.
Ainsi, comprendre qu’il existe plusieurs postures facilite à mon sens l’acceptation de la Différence et offre plus de bienveillance vis-à-vis de soi-même et des autres.

Cela permet également de gérer avec plus de recul les réactions extérieures face au succès. En effet, il est rare que les doutes préliminaires des « obligataires de moyens » se transforment en sincères félicitations car cela les renvoie à des limites qu’ils n’ont pas l’habitude d’identifier et d’accompagner. Cela peut alors générer des sentiments d’injustice et de solitude accrue, ici encore bien connus des HP. Dans le cadre professionnel, un(e) supérieur(e) hiérarchique conscient(e) de l’utilité de ce potentiel d’innovation pourra plus facilement protéger son fusible.

Dans mon cas, viser le résultat indépendamment des moyens à ma disposition m’a finalement permis d’envisager différemment ma tendance à la procrastination. En effet, au regard de l’énergie et des émotions suscitées, il m’est plus facile de comprendre pourquoi je mets parfois du temps avant de me lancer dans une démarche : mon cerveau anticipe inconsciemment tout ce que cela risque de susciter en moi. Le premier bénéfice de cette réflexion est qu’il m’est devenu  plus facile de choisir en conscience les « batailles » dans lesquelles je souhaitais me lancer et de laisser aux autres la part émotionnelle qui leur incombe.

Et vous, êtes-vous plutôt dans l’obligation de moyens ou de résultats ?