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Ce rapport au temps si particulier des HP

Le rapport au temps particulier des HP

A mon sens, le rapport au temps est l’une des plus grandes spécificités des haut-potentiels. C’est un peu comme s’ils avaient une télécommande capable d’avancer « rapide » dans certaines situations, de basculer en ralenti dans d’autres cas, voire de mettre sur pause et de se souvenir ensuite de certaines situations, avec de nombreux détails.

L’ANTICIPATION

  • Le cerveau des HP met en oeuvre plus de connexions neuronales, plus rapidement. Ils cernent et anticipent donc vite les enjeux d’une situation donnée. Selon leur fonctionnement cérébral, l’approche se fait en mode arborescent, par multiconnexions instantanées ou en mode plus séquentiel.

Après, notamment en fonction de leur gestion émotionnelle, la formulation de leurs conclusions peut être immédiate ou demander un temps de recul, voire une nuit de sommeil, avant de comprendre ce qui se joue.

Ils ont donc tendance à anticiper les retombées et cherchent parfois à les éviter. Mais comme la majorité des gens ne fonctionne pas ainsi, les zèbres peinent parfois à se faire entendre et se retrouvent alors dans ce fameux « syndrome de Cassandre ».

  • A la longue, certains HP peuvent prendre l’habitude de se projeter systématiquement dans le futur, sans toujours réussir à profiter de l’instant « t » pour ce qu’il a à offrir. C’est d’autant plus vrai pour ceux qui ont besoin de maîtrise pour se sentir bien.

LE TEMPS QUI PASSE

  • Très jeunes, les HP ont cette conscience accrue du sablier de la vie qui s’écoule sur terre. Ils se posent donc des questions existentielles régulièrement pour construire leur « récit singulier ». Ces notions sont particulièrement bien décrites dans le livre de Carlos Tinoco, Sandrine Gianola et Philippe Blasco : « les surdoués et les autres, penser l’écart ». Du coup, les zèbres ont tendance à plus célébrer leur essence vitale. Ils cherchent aussi à donner un sens à leur passage sur terre, ce qui se traduit souvent par cette intensité si particulière.
  • Ce rapport au temps rend également les heures inutiles ou répétitives, ainsi que les projets creux, difficilement tolérables, que ce soit à l’école, au travail ou dans la routine quotidienne. Leur fonctionnement est plutôt câblé pour l’exploration et la stimulation, qui donnent l’occasion à leur cerveau de se mettre en ébullition. C’est un peu comme s’ils avaient à leur disposition 1000 chevaux pour imaginer, conceptualiser, créer ou penser et ne se sentaient libres que d’en utiliser 100 pour ne pas dénoter socialement. Néanmoins, la crainte que les pistons finissent par s’enrayer rôde.

MARQUER DES PAUSES

  • Leur mémoire étonnante peut aussi donner l’impression qu’ils ont parfois la faculté de prendre une photo instantanée, le temps de graver dans leurs souvenirs les odeurs, les sons, les mots, les expressions du visage d’un moment particulier. Ils sont ensuite capables de le relater de façon impressionnante même des années plus tard.
  • Certains surdoués savent aussi s’évader dans leur rêverie, grâce à cet imaginaire dense qui leur permet de s’extraire de leur quotidien si contraignant et en décalage avec leur fonctionnement naturel. C’est une sorte de “bouton-off”.

ACCÉLÉRER

  • Ils ont parfois tendance à procrastiner, attendant la dernière minute pour se positionner. Il me semble que la connexion particulière entre leur sensibilité, voire leurs émotions et leur mental explique en partie ce processus : ils attendent d’avoir tous les éléments ou l’énergie nécessaire pour mener à bien leur action. Et ils savent que ça peut alors aller vite.
  • Les profils les plus organiques peuvent, par ailleurs, apprécier les situations imprévisibles, ces petits moments volés aux rouages habituels, généralement pour lâcher-prise… face à ce sentiment latent de sablier.

D’autres s’adonnent aux jeux vidéos, consomment des séries, des films ou des livres en grande quantité, quand ils ne se servent pas de l’alcool, des joints ou des drogues plus dures.  Ils sont alors projetés dans un espace-temps à part. On retrouve ces stratégies chez les HP plus méthodiques, dits laminaires, et aussi chez ceux qui ont expérimenté des psychotraumatismes.

  • Dans tous les cas, les hommes et les femmes semblent gérer différemment cette gestion du temps, avec ses pics de vitesse. Peut-être une piste à explorer dans les situations de malentendus et autres couacs.

Ce temps est donc rarement anodin pour les philo-cognitifs. Et il implique bien souvent une gestion de la frustration d’autant plus compliquée que les émotions et la sensibilité sont par ailleurs exacerbées.

En effet, habitués à aller vite, ils peinent parfois à prendre le tempo de leur colère ou de leur tristesse. Par crainte de leur intensité ou du regard extérieur, ils peuvent chercher à la/les retenir. Pourtant, pris comme un indicateur, ces éléments renseignent surtout sur ses besoins inassouvis et donnent ainsi des clés pour se mettre en action.

Pour ma part, avoir pris conscience de ces mécanismes particuliers m’a permis de les accepter et de mieux m’ancrer dans l’instant présent. C’est bien sûr un travail de chaque jour mais qui offre régulièrement de jolis moments suspendus.