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Le féminin – masculin des surdoués

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Pour appréhender l’humain, on évoque parfois ses parts féminine et masculine. Cette polarité relève à la fois de qualités intrinsèques mais implique aussi des mœurs qui se sont construites au fil de l’évolution anthropologique. Ainsi, la sélection naturelle et l’ordre social ont installé l’homme dans le « faire », lui garantissant un certain statut et des privilèges, tandis que la femme était cantonnée dans l’ « être ».

On associe donc plus volontiers à la virilité des comportements impliquant courage, audace, franchise, force, rigueur, excellence, perfection, abstraction, justice et mise à distance des sensations. Et on identifie la féminité à la patience, la douceur, l’indulgence, la remise en question, la solidarité, le partage, la beauté, la fragilité, l’esthétisme ou la richesse émotionnelle.

Si depuis 1944, le droit de vote, la maîtrise de la maternité (droit à la contraception et à l’IVG) et l’accès au travail ont initié une nouvelle évolution plus féministe… Pour l’heure, la société (française) demeure encore patriarcale.

Chez chaque surdoué, ces deux parts sont présentes de façon plus accrue encore que pour le reste de la population. En effet, son fonctionnement mental particulier facilite l’initiative, l’action efficace dans la complexité et l’intégrité tandis que son hypersensibilité lui permet de percevoir les situations sous un angle plus émotionnel, donc global. Or cette double polarité, perceptible par tous, menace l’ordre établi. De manière reptilienne, elle suscite donc le rejet, les trahisons et autres perfidies, au niveau professionnel ou personnel.

Cela conduit les HP à s’interroger très jeunes sur leur positionnement vis-à-vis de la norme, même inconsciemment. Pour tendre vers plus d’intégration sociale, certains recherchent la conformité et en viennent à valoriser un des deux aspects au détriment de l’autre, en le masquant simplement ou en l’étouffant carrément.

Et si cela correspond à leur tempérament et leur permet de mieux vivre leurs interactions, alors le processus est bénéfique. Mais cette scission mène souvent à une impasse. Le sujet, comme amputé d’une part de lui-même, ne peut plus s’exprimer pleinement. Il n’arrive pas toujours à mettre le doigt dessus, il sait juste que quelque chose cloche.

Ainsi certaines femmes surdouées mettent plus naturellement en avant leur Yin. Elles privilégient alors leur sensibilité, leurs intuitions et leurs émotions, oubliant au passage qu’elles ont néanmoins cette capacité de réflexion et ce capteur d’incohérences intégré qui fonctionnent en back-office. Lorsque le syndrome de l’imposteur guette, elles peinent à s’épanouir professionnellement ou personnellement car, même inconsciemment, leurs interlocuteurs se sentent menacés.

A l’inverse, d’autres femmes privilégient leur Yang, ce qui peut se manifester par un style androgyne, une armure émotionnelle, un franc-parler ou un esprit de compétition assumé. Néanmoins leur sensibilité, camouflée mais bien présente, les abîme, voire les isole, sans forcément qu’elles aient les moyens de l’accueillir.

Les hommes HP qui sont plus à l’aise avec leur part masculine sont sans doute ceux qui s’en sortent le mieux dans notre société, du moins professionnellement. Car ils présentent alors toutes les qualités attendues d’un leader naturel. S’ils ont la confiance de leur hiérarchie, ils peuvent également prendre soin de leurs équipes comme ils l’entendent, suscitant d’autant plus d’admiration et de reconnaissance, notamment de la part de la gente féminine. Mais en mettant à distance leur sensibilité pour valoriser le mental, ils n’ont pas toujours accès à certaines données pour mieux appréhender les relations humaines, et a fortiori amoureuses. Ils en souffrent sans savoir comment solutionner le problème, ce à quoi ils ne sont pas habitués.

Pour ceux qui expriment plus naturellement leur part féminine, ils doivent alors affronter le regard de leurs pairs et assumer une certaine atypie. Le tempérament et le parcours de vie facilitent plus ou moins la nécessaire confiance en soi pour y parvenir.

Il y a bien d’autres combinaisons possibles dans cette ébauche de cartographie, en y ajoutant l’orientation sexuelle par exemple. Et l’épanouissement personnel dépend d’un grand nombre de paramètres. Il me semble simplement important d’avoir conscience que ces deux parts sont présentes et exacerbées en nous, mobilisables ou non, en conscience, selon nos besoins, nos envies et nos objectifs de vie. C’est une chance incroyable, qui nous offre la possibilité d’aller décrocher la lune si nous le souhaitons.

Pour ma part, je tente peu à peu d’allier les deux, en cherchant l’équilibre, non pas à chaque instant, mais au global. Dans certaines situations, je laisse mon masculin s’exprimer pour passer à l’action, progresser ou « défendre mon territoire ». A d’autres moments, je privilégie ma sensibilité, mon intuition et un temps de réflexion pour peser le pour et le contre. Peut-être un jour arriverai-je à concilier les deux en même temps.

J’ai surtout fini par comprendre qu’il était naturel de générer des réactions de défense quand on est potentiellement doté(e) d’autant de talents. Et comme faire évoluer la société prend un peu plus de temps que je ne l’avais imaginé plus jeune, j’ai choisi une alternative plus sereine qui consiste à travailler mon estime de moi et à m’affranchir du regard extérieur, en attendant. Un sacré plan de cheminement mais qui ne dépend plus que de moi !  

Et vous, quelle(s) part(s) exprimez-vous et comment ? Au plaisir de vous lire.