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Gérer son éponge émotionnelle

Dans chaque situation de la journée, notre cerveau nous fait réagir de plusieurs manières différentes, en intégrant notre instinct, notre rapport au groupe, nos connaissances, nos émotions et notre capacité à réagir.
Arbitrant au quotidien selon ces éléments, il bascule en permanence entre un fil directeur spirituel, notre moi profond, emprunt de valeurs qui nous définissent, et notre ego. Ce dernier réunit notamment nos biais cognitifs, ces schémas de pensées automatiques, conçus pour surmonter des situations vécues comme douloureuses d’isolement, de rejet, de colère, d’abandon, de frustration, d’envie, de trahison, d’injustice… Il fait aussi des aller-retour permanents entre passé et futur et s’appuie sur la pensée pour fonctionner alors que le moi profond est dans le présent, connecté aux besoins et aux ressentis corporels.

Dans son livre, « La guérison des 5 blessures« , Lise Bourbeau donne de nombreuses pistes pour reconnaître et apaiser cet ego. A titre d’exemples, on peut noter pendant quelques jours toutes ses phrases mentales commençant par :
 « Moi je »
 « Si j’étais toi, à ta place, je »
 « Je sais ce qu’il/elle a/aime/veut »
 « A moi aussi, il est arrivé »
 « Je devrais »
 « Je ne ferai jamais… »
Elles renseignent sur nos blessures et nos peurs de l’enfance et facilitent la détection des schémas cognitifs sous-jacents. Le livre donne de nombreuses pistes pour apprivoiser cet ego.

Si ce dernier joue une fonction protectrice, dans certaines situations, lorsqu’il prend toute la place, il devient néfaste. Pour privilégier son moi-profond, on peut commencer par :
 se demander ce qu’on aime faire, se plonger dans ses souvenirs d’enfance éventuellement
 apprendre à reconnaître ses besoins
 identifier ses émotions, les ressentir corporellement
 se planifier des rendez-vous réels dans son agenda pour prendre soin de ses envies
 connaître ses valeurs phare pour se donner les moyens de faire mieux les choses qu’on aime
 chercher à enrichir ce que l’on a plutôt que ce que l’on n’a pas…
Vaste programme ! Cela suppose donc de découvrir ou de se reconnecter à ses besoins pour y parvenir.

Nos besoins primaires sont la sécurité, la stimulation, l’affection, l’estime, l’autonomie et la cohérence, que l’on retrouve dans les 14 besoins fondamentaux de Virginia Henderson :
 respirer
 boire et manger
 éliminer
 se mouvoir en toute autonomie, sans douleur
 dormir, se reposer
 se vêtir et se dévêtir
 maintenir sa température corporelle
 être propre
 éviter les dangers
 communiquer
 agir selon ses valeurs en vue de se réaliser
 se détendre
 apprendre.
Dans une société pleine d’injonctions et dans un rapport au temps urgentiste ; distinguer et respecter ces besoins, qu’on a tendance à oublier ou malmener, est le premier pas vers un meilleur ancrage personnel. L’étape suivante consiste à apprécier les bienfaits corporels et émotionnels de cette démarche ; puis à chercher à les préserver.

Pour ce qui est de reconnaître ses émotions, tout d’abord un peu de décorticage lexical.
La sensibilité réunit l’ensemble des fonctions du système nerveux lui permettant de recevoir et d’analyser des informations. Il ne faut donc pas la confondre avec l’émotion qui est une manifestation physiologique transitoire (accélération du rythme cardiaque, mouvement corporel, neurotransmetteurs en action…). D’intensité variable selon les personnes, habituellement provoquée par une stimulation passée, présente ou anticipée, venue des enjeux de l’environnement, l’émotion permet de préparer le corps à l’action afin de répondre à ces enjeux.
Il est important de les accueillir, au risque de se priver d’une boussole intérieure permettant d’agir en adéquation avec ses besoins.
Les 6 émotions principales sont :
 la joie,
 la surprise,
 la peur,
 la colère,
 la tristesse
 le dégoût,
 auxquelles s’ajoutent la honte et l’amour qui sont un mélange plus complexe.

Contrairement au sentiment, l’émotion est éphémère. Elle est également contagieuse, ce que des études en bioénergétique (science qui étudie les mécanismes par lesquels les êtres vivants accumulent, transmettent et propagent l’énergie) sur une espèce d’algues vertes ont démontré.
Les émotions ne sont ni positives, ni négatives, elles renseignent simplement sur un besoin inassouvi pour permettre de prendre une décision.
Les bloquer revient à se priver de l’alarme indiquant que quelque chose ne nous convient pas et nous empêche donc de le solutionner correctement. A l’inverse, il a été démontré que les reconnaître, les accueillir et les verbaliser permettaient d’en réduire l’intensité et de gagner en estime et confiance de soi.
De plus, lorsqu’on est connecté à ses besoins et ses émotions, il est plus facile de mobiliser son intuition: la connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, ni à l’expérience. Il s’agit de cette sensation diffuse, corporelle et émotionnelle, quand on appelle ou rencontre quelqu’un à qui on pensait justement, sans raison de le croiser ; quand on ressent que quelque chose cloche, sans savoir exactement quoi ; ou au contraire lorsque qu’on se sent à la bonne place, au bon endroit, ou avec la bonne personne.

Par contre, quand des émotions débordantes et un fonctionnement cognitif sont hyper-connectés, ils peuvent transformer l’empathie (ressentir l’émotion de l’autre) en sympathie (partager l’émotion de l’autre). Ce processus donne le sentiment d’être une éponge émotionnelle et rend les interactions sociales plus compliquées. Faire appel à la respiration abdominale, à la méditation, à des images mentales comme s’imaginer transparent(e) et laisser les émotions nous traverser sont des techniques efficaces.
Dans certains cas, lorsque les émotions répondent de façon intense à un stimulus, elles peuvent réagir inconsciemment à une blessure enfouie du passé, réveillée par la situation présente. Travailler cette blessure, libérer et apaiser les émotions associées, souvent enfouies, dans un cadre thérapeutique (médecine chinoise, acupuncture, neurofeedback…), permet alors d’apaiser cette hyperémotivité. Par la suite, dans le même type de situations, les comportements évoluent.

Pour terminer, une jolie philosophie de vie, inspirée des « Quatre lois de la spiritualité » indiennes. Je trouve qu’elles offrent une source d’apaisement dans chaque situation, notamment pour les HP dont le fonctionnement cognitif est permanent et qui ont parfois tendance à se sentir responsables de tout. Ces lois sont :
 » La personne qui arrive est la bonne personne « .
 » Ce qui se passe est la seule chose qui aurait pu se produire « .
 » Tout commence au moment indiqué, ni avant, ni après « .
 » Quand quelque chose se termine, il faut l’accepter car cela signifie que c’est le début d’autre chose « .

Pour celles et ceux qui voudraient approfondir :
Les publications du docteur en psychologie et chercheur Ilios Kotsou
Le livre « La contagion émotionnelle » du chercheur en psychologie sociale Christophe Haag
Le podcast de l’émission « Grand bien nous fasse » de France Inter sur les émotions
Le chouette post de papapositive sur les émotions

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