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les mal-partis de l’enfance

RÉSILIENCE ET SYNDROME DE STOCKHOLM

Les zèbres ont parfois l’impression de ne pas avoir le mode d’emploi relationnel. Lorsqu’ils se sont construits sans mettre le doigt sur leur différence, ils ont fini par intégrer qu’ils étaient « trop ou pas assez ». A l’inverse, par souci de respect des autres, ils ont généralement à coeur de remplir leurs engagements vis-à-vis d’autrui.

Avec le temps, à force d’expériences malheureuses et par souci d’insertion sociale, quand une situation ressentie comme désagréable survient, certains HP préfèrent alors s’adapter et chercher à comprendre les intentions de l’interlocuteur plutôt que de réagir en se protégeant ou en mettant l’autre à distance.
Cela passe par des petites anecdotes qui sont insignifiantes pour certains et peuvent prendre des grandes proportions pour d’autres. En voici quelques exemples :
*Etre moqué(e) sous forme de boutade pour faire rire l’assemblée et ne pas savoir comment réagir.
*Se voir répondre qu’on a mal compris quand on met le doigt, souvent sans penser à mal, sur une incohérence.
*Se voir annuler un rendez-vous au dernier moment ou attendre tandis que l’autre arrive en retard, sans explication, ni excuse.
*Recevoir des questions intrusives, relevants de la sphère personnelle, sous couvert d’une certaine réciprocité, et ne pas trop savoir comment y répondre.
*Se faire draguer dans une situation ne le permettant pas : (responsable, client, collègue marié…)
*Se faire croire qu’on est indispensable ou qu’on ne peut pas décevoir, alors qu’on n’a pas vraiment les moyens de faire autrement ou d’y arriver. Cela commence souvent par des phrases du type « Tu peux bien… » ou alors par une situation où l’interlocuteur se présente comme une victime qui a besoin d’aide.
*Vivre des changements de comportements brusques de son interlocuteur : il(elle) est aux petits soins, vraiment très présent(e), puis soudainement, s’abstient de toute démonstration, ou se déporte vers une autre personne et répond à notre surprise par du déni ou de l’agacement.
*Se faire carrément insulter : « Tu es un bon à rien, tu n’y arriveras jamais, qu’est-ce qu’on va faire de toi, tu ne penses qu’à toi! ».
La particularité est de répondre à ces différentes situations, sans réagir particulièrement, voire avec le sourire pour seule défense.

On retrouve bien souvent ce type de réserve relationnelle chez les personnes (dont les HP) ayant vécu une enfance non étayante, les « mal-partis », comme les nomme Boris Cyrulnik, dans son excellent livre » Mourir de dire la honte », avec des parents, une fratrie, un(e) ami(e), un(e) enseignant(e), un(e) soignant(e)  que l’enfant admire particulièrement et qui est pourtant défaillant. En creusant cet aspect, je me suis intéressée de plus près au syndrome de Stockholm.
Face à des interlocuteurs, jugés comme naturellement bienveillants par la société mais qui ne savent pas entourer, encourager, aimer, stimuler; certains enfants se déconnectent de leurs émotions pour ne pas vivre une souffrance jugée inconsciemment comme insupportable sur le moment. Ils préfèrent penser qu’ils ont mal compris ou que quelque chose dysfonctionne chez eux. Peu à peu, ils mettent à distance les signaux qui alertent, car ils ne leur font plus confiance.
Lorsque ce contexte dure dans le temps, un système de défense inconscient psychologique consiste même à se convaincre qu’ils méritent ce qui leur arrive. Ils peuvent ainsi excuser, protéger et éprouver de l’affection pour le dit-interlocuteur, afin de survivre psychiquement à une enfance qui n’offre temporairement pas d’autre issue. Certains peuvent même adopter les comportements condamnables de ses parents pour s’en rapprocher ou s’épargner des représailles, comme mentir, voler, tricher, se moquer, ignorer les autres…

La seule façon de sortir de ce type de processus suppose un changement de vie (déménagement, fin de scolarité…) ou alors une intervention extérieure. Cette dernière peut se manifester par une personne, une ambiance familiale vécue différemment ailleurs ou par une émission de radio ou par un livre… qui pointerait du doigt la douleur et l’inhabituel de ce qui aurait été vécu jusque-là.
Pour se remettre de ce syndrome, la victime devra alors se mettre à distance de la ou les personnes qui organisent ce type de relation. Une fois à l’abri, elle pourra alors recontacter son vécu traumatique, avec l’aide d’un thérapeute, et se libérer des émotions associés (bien souvent peur, honte, tristesse). Peu à peu, elle pourra alors  accueillir de nouveau ses sensations, ses émotions et retrouver les ressources en elle pour se reconstruire et réagir de manière plus propices face à ces situations qui la mettaient mal à l’aise jusque là.

Pour conclure, voici quelques propositions de réponses pour se sortir des situations citées plus haut.
*Cette situation ne me convient pas
*Je cherche simplement à mieux comprendre une situation pour mieux remplir ma mission, peux-tu me la réexpliquer ?
*Je ne suis pas d’accord pour que tu me parles ainsi.
*Je te trouve sympa et j’ai à cœur de mieux te connaître mais pour l’heure, tes questions me mettent un peu mal à l’aise.
*Notre relation professionnelle est importante pour moi. Je préfère rester dans ce cadre.
*Est-ce que tu attends quelque chose en échange de ma part ?
*Ces propos ne sont pas tolérables. Est-ce que vous accepteriez que quelqu’un vous parle ainsi?

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