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Comment ne plus attirer de pervers narcissique

Comment ne plus attirer de PN

Ces dernières semaines, plusieurs d’entre vous m’ont posé la question de savoir s’il était possible de ne plus attirer des personnes mettant en oeuvre des relations d’emprise de type perverses narcissiques. C’est une question difficile car les PN sont tous différents et ne se présentent pas avec un tatouage bien en évidence précisant comment ils fonctionnent, bien au contraire. Je me suis donc plutôt  interrogée sur les raisons pour lesquelles la victime était elle-même initialement attirée, physiquement et psychologiquement, par le/la pervers narcissique au départ.
En relisant les livres de Paul-Claude Récamier, Isabelle Nazare-Aga et Yvonne Poncet-Bonissol et en croisant ces lectures avec les différents témoignages autour de moi, il me semble avoir trouvé quelques pistes de réponse…
Petite mise en garde : mon parti-pris dans cet article est que victime comme bourreau ont leurs 50% de responsabilités dans une relation, quelle qu’elle soit. J’entends par là que si le bourreau a agi, la victime a été happée, puis s’est laissée faire, pour tout un tas de motifs, mais elle a néanmoins accepté ce que d’autres n’acceptent pas… Il peut être déstabilisant, voire violent d’assumer cette part-là lorsqu’on est la victime et qu’on a vécu des choses vraiment dures. Mais les pistes qui apparaissent sont plus prometteuses aussi, dans la mesure où elles offrent des clés concrètes, qui ne dépendent que de la victime, pour s’en prémunir, sans s’en remettre au hasard d’une prochaine rencontre… Tenté(e) ?

RAPPEL

La relation perverse narcissique manipulatrice est le fruit d’un lien entre une personnalité empathique, bienveillante, intelligente, forte et pleine d’énergie, avec une personnalité aux émotions bloquées, ce qu’il ou elle masque avec brio, en souffrance sans le savoir, qui se nourrit de la substance de l’autre pour combler son propre vide abyssal.
Lorsqu’on expérimente ce type de relations à plusieurs reprises, il est important d’identifier les schémas cognitifs inconscients qui se rejouent et expliquent pourquoi les deux sujets en présence s’attirent mutuellement, pour s’en défaire définitivement, ce qui est possible.

COMPRENDRE

  1. Tout d’abord, il est nécessaire de prendre conscience intellectuellement, mais d’engrammer aussi de manière plus profonde, émotionnellement et corporellement, qu’on est cette “belle personne, empathique, bienveillante, intelligente, forte et pleine d’énergie”. Concrètement, cela implique d’assumer et d’être fier(e) de son parcours, de ses valeurs, de ses qualités et de ses défauts.
    Cela passe par une introspection importante de son passé, même si le travail semble difficile et / ou douloureux, accompagné(e) si besoin par un(e) thérapeute qualifié(e) dans le domaine des manipulations, pour comprendre et se défaire des schémas cognitifs inconscients sous-jacents.
    En effet, lorsqu’une personne est régulièrement victime de relations manipulatoires, c’est bien souvent qu’elle les a expérimentées dans son enfance, généralement avec l’un de ses parents ou un proche. Les images et ressentis qu’elle a retenus d’une relation de couple et du mode attentionnel qui lui était dédié ont biaisé son rapport à l’amour, au respect de ses besoins, aux définitions de ses limites et de son droit au bonheur.
  2. Comme elle ne veut plus revivre ce qu’elle a connu auparavant, elle peut être plus facilement attirée par des personnes qui dégagent une “apparente” inoffensivité et un fort besoin d’amour, attentes dans lesquelles elle se reconnait. Mais lorsque ces traits s’accompagnent d’un caractère lâche et peu fiable, la probabilité d’entrer dans des rapports de mensonges et de manipulation est plus élevée car ce sont les stratégies de défense mises en oeuvre par ce type de personnalité.
    Si la victime, de son côté, présente une grande intégrité et une idéalisation des rapports, elle a tendance à refuser les interactions de dominants/dominés que sous-tendent les rapports humains. Pour peu qu’elle soit également empathique, elle présente alors toutes les qualités d’une victime idéale de relations d’emprise car à tout choisir, elle risque de se soumettre (pendant un temps en tout cas). Il est donc important pour elle de reconnaître et d’accueillir sa part de pouvoir sur les choses et dans les relations humaines, ce qu’elle a indubitablement été capable de mobiliser pour surmonter ses épreuves passées, sans trop s’y perdre au passage (addictions, grandes dépressions, prostitution ou autres). Elle doit également assumer le respect que son parcours inspire et en être fière.
  3. La victime a parfois tendance à masquer cette force de caractère, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, pour oublier ce qu’elle a vécu et/ou se convaincre qu’elle y a survécu sans dégâts. Pourtant les blessures psychologiques sont là et il est préférable de les célébrer comme des marques de victoire et de résilience plutôt que de les planquer, ce que les autres ressentent instinctivement, sans vraiment savoir pourquoi. Ensuite, la victime peut craindre de susciter l’envie, la jalousie, le rejet ou des représailles, ce dont elle a pu pâtir plus jeune avec le/la PN. Mais prendre conscience qu’elle était alors sans défense, ce qui n’est plus le cas adulte, peut l’aider et lui permettre alors d’émettre plus naturellement le signal instinctif “passe ton chemin” aux PN qui ne sont pas intéressés par les caractères forts qui s’assument comme tels. 
  4. Une autre conséquence de ce type d’enfance pour la victime est la certitude émotionnelle inconsciente qu’aimer et être aimée implique une part de souffrance ou de sacrifice. Cette posture adaptative psychologique lui a permis de maintenir une relation avec ses parents lorsqu’elle dépendait encore d’eux mais elle ne permet pas d’envisager une relation sereine amoureuse ou amicale adulte. (On retrouve aussi ce schéma dans le cadre professionnelle où l’amour est alors remplacé par un besoin de reconnaissance des efforts accomplis comme moteur principal des actions).
    Les failles qui découlent de cette posture sont un besoin incommensurable d’amour, de valorisation et en parallèle un faible respect de soi, de ses besoins et de son estime qui est facilement questionnable. Or les pervers narcissiques ont les mêmes failles mais ont développé pour survivre à leur effondrement psychique une carapace pour ne pas se remettre en question, ce dont ils sont incapables. Ils savent par contre les identifier rapidement chez la victime et cherchent à fusionner avec elle, espérant capter ainsi cette force de caractère, avant de réaliser inconsciemment qu’ils n’y arrivent pas, ce qui provoque alors un “retour de bâtons” sur la victime pour apaiser leur souffrance.
  5. En travaillant sur elle, la victime apprend peu à peu à préserver cette richesse intérieure plutôt que d’éprouver le besoin d’en faire bénéficier tous les autres, sans distinction. Elle sort ainsi du  syndrome du sauveur , ce qui lui permet de mettre à distance les personnes se présentant comme des victimes et consommant toute leur énergie sans contrepartie réelle, ce qu’attendent les pervers narcissiques mais d’autres types de personnalités aussi.
  6. Une fois ce travail fait, la victime peut être plus attentif(ve) à son intuition et les signaux corporels qui en découlent: cette alarme intérieure qui fait douter des mots énoncés, des compliments, des similitudes de vie ou de loisirs trop “parfaits”, des incohérences de discours ou de la raison de rendez-vous manqués ou annulés. Le/la pervers narcissique est un(e) charmeur(se) qui manie l’usage des mots avec brio. Tant que la victime pense ne pas avoir le mode d’emploi humain et doute de sa bonne perception des choses et des comportements appropriés à adopter, elle aura tendance à intellectualiser pour rationaliser et trouver ainsi des circonstances atténuantes à une parole ou un acte qui lui a déplu, plutôt que d’exprimer sa limite ou manifester son mécontentement. Le secret est simplement qu’il n’y a pas de bonne attitude à adopter, juste un instinct à suivre toujours, car il est en phase avec ses besoins et ses valeurs. Il suffit donc de le respecter.

LES RECONNAITRE : LES 1ERS SIGNES QUI NE TROMPENT PAS EN PHASE D’APPROCHE

  • Le/la pervers narcissique cherche à créer un espace fusionnel, en posant énormément de questions sur le passé de la victime, sous couvert d’intérêt. puis, il/elle instaure, peu à peu, un espace de forte proximité, en se servant surtout des mots, finissant les phrases de l’autre ou valorisant les mêmes goûts et centres d’intérêt systématiquement avant de rapidement conclure que la victime est vraiment sa “moitié attendue depuis toujours”, son alter-ego.
  • Il/elle présente son propre parcours en tant que victime. Il/elle a beaucoup souffert, ce qui généralement attire l’empathie de la victime. Il/elle peut d’ailleurs pleurer à chaudes larmes si son tempérament le/la prédispose à la comédie.
  • Il/elle flatte énormément aussi : la victime est “incroyable”, “extraordinaire”, “hors du commun”, “exceptionnelle”. Il/elle n’a jamais rencontré quelqu’un comme elle. Ce flot de compliments viennent remplir la faille abyssal de la victime, qui a tant manqué d’attention dans l’enfance et n’a plus les idées claires. Il n’est malheureusement pas très naturel de verbaliser autant de compliments, à tout va, jour après jour. Le processus mis en oeuvre ressemble un peu à celui d’une mise sous dépendance de drogue. 
  • En parallèle, il/elle peut discrètement dévaloriser la victime, sous couvert d’humour, ce qui lui permet de se rattraper si la victime réagit mais de tester peu à peu les réactions de la victime. Si elle réagit systématiquement, en fixant les limites, il/elle peut décider de passer son chemin. 
  • Il/elle donne peu de visibilité sur son emploi du temps, compartimente ses cercles amicaux / familiaux / professionnels et attend souvent le dernier moment pour se positionner.
  • Il/elle dit être empathique et vouloir prendre soin de l’autre alors que rapidement les actes démontrent le contraire. Il/elle présente d’ailleurs une certaine lâcheté dont il/elle ne se cache pas toujours. Cette auto-complaisance explique la raison pour laquelle il/elle n’arrive pas à tenir ses engagements et se trouve des excuses : prêt d’objets, service, mise en relations, dettes restent en suspens. Peu à peu, il/elle cherche à provoquer des preuves de fragilité chez la victime, car cette droiture dont il/elle n’est pas capable l’insupporte même s’il/elle dit le contraire.
  • Tôt ou tard, il/elle va utiliser une confidence de la victime, une situation difficile qu’elle a traversée par exemple, et la reproduire, sous couvert de maladresse ou de malentendu, pour jauger son niveau d’emprise sur elle. Le processus psychologique en jeu se nomme « le pied dans la porte » : si le pied est trop avancé, la victime franchira le pas de la porte et rentrera sous emprise, dans le cas contraire, le/la pervers narcissique sera contraint(e) de mettre fin à la relation ou de la subir, non sans rendre la victime responsable de tout… avant de passer à la prochaine.
  • Mais surtout le regard du pervers narcissiques est caractéristique. Il/elle a cette capacité à  regarder fixement, longtemps, droit dans les yeux, sa victime, sans éprouver le besoin de détourner le regard, qui semble vide tout au fond. Ses pupilles ne se dilatent pas, sauf en présence de trop de luminosité, ce qui n’est pas une réaction physiologique naturelle lorsqu’on éprouve des émotions sincères. Ce fonctionnement de sa part a une visée hypnotique (inconsciente ou non) de domination.
    Cette dernière sent instinctivement que quelque chose ne va pas mais ne sait pas à quoi se raccrocher pour l’identifier. En effet, dans la mesure où le regard relève des comportements non verbaux, il est  difficile pour elle de légitimer le malaise qu’il provoque en elle alors que les paroles du PN sont dans la séduction.

La bonne nouvelle est qu’à l’inverse de ces personnalités qui sont dissociées, en souffrance et dans l’incapacité d’assumer leurs failles, donc d’aller mieux ; les victimes ont cette force, cette intelligence et cette résilience qui leur permettent d’identifier ces signes, de comprendre ce qui les conduit dans cette situation, ce faisant de progresser, de se relever et d’aimer mieux et plus fort elles-mêmes et ceux qui le méritent autour d’elles.

Pour celles et ceux qui veulent creuser le sujet, quelques liens de livres et vidéos.

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